L'histoire :
A la fin des années 90, la France et l'Allemagne profitent de leur supériorité financière pour former une super puissance s'étalant de l'Espagne à la Russie. La Grande-Bretagne refuse de rejoindre cette gigantesque coalition et opte pour un partenariat avec une Amérique en déclin. L'euro-président, Jérôme Rochelle, installe un climat paranoïaque et raciste dans toute la communauté européenne. Des camps d'exécution sont même construits. L'alliance anglo-américaine ne réagit pas dans l'instant mais devant une économie chancelante, elle se lance dans une guerre sanglante. Treize années passent et le conflit perdura encore. Pourtant, un jour, un soldat déserteur offre aux deux camps le moyen de remporter la guerre : il a découvert l'existence d'une sorte d'organisme mutant permettant de ne plus subir ni douleur ni fatigue. Alors que les deux fronts souhaitent mettre la main dessus, les anglais font appel à Mary, une femme de 39 ans qui n'hésite pas à faire couler l'hémoglobine pour que ses missions soient des succès...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Si l'on connait surtout Garth Ennis pour sa série Preacher, certains méconnaissent peut être qu'il est aussi un friand de récits de guerre. Avec Bloody Mary, il réinvente l'histoire et présente un contexte uchronique des plus prometteurs. La France et l'Allemagne forment autour d'eux une union européenne surpuissante qui voit l'Angleterre et les USA tombés en déliquescence. Afin d'éviter une situation pire encore, une guerre est déclenchée. Treize années plus tard, le conflit pourrait se terminer suite à la vente d'un organisme créé par des scientifiques et permettant d'avoir des soldats quasi-immortels. Au milieu de ce climat sombre et glauque au possible, Ennis dirige les lumières vers Mary, une femme approchant de la quarantaine, guère aimable et maniant les armes comme personne. On confie à cette soldat d'élite la mission d'éliminer le revendeur, une de ses anciennes connaissances dont elle souhaite se venger. Le récit se destine avant tout aux lecteurs les plus âgés. La violence est omniprésente et les dialogues sont assez fleuris. L'univers créé par le scénariste irlandais est vraiment intéressant et laisse augurer du meilleur. Il est un peu dommage que la seconde partie de l'album ne soit qu'une succession de boucheries où Mary montre ses qualités. Ce côté un peu partagé touche aussi les dessins de Carlos Ezquerra. Le vétéran alterne des planches vraiment réussies à d'autres moins fignolées. Certains visages le démontrent bien. Bloody Mary n'est probablement pas le meilleur Ennis mais il dispose d'atouts indéniables (son univers, ses dessins) et d'autres plus dispensables (l'ultra-violence, les dessins aussi !). A noter que la seconde partie n'a jamais été publiée...