L'histoire :
Nous sommes en 2873 à Neo Novena, mégalopole ultra-technologique mais décadente, bâtie sur des couches successives de civilisations. Ari Nassar, détective sur le point de raccrocher les gants pour profiter de sa retraite, va au dernier moment se raviser pour mettre la main sur le tueur à la main. Pourtant ce criminel qui découpe ses victimes et laisse sur les lieux du crime des messages cryptés indéchiffrables est normalement sous les barreaux. Ari s’est-il trompé sur le coupable ou est-ce l’œuvre d’un copycat ? Non, c’est l’œuvre de Johannes Vale, étudiant introverti en archéologie urbaine qui ne se souvient pas avoir commis ces meurtres. Lui qui bosse dans une usine de produits chimiques lui ayant donné une malformation sous la forme de sixième doigt à la main droite, ne comprend pas ce qui lui arrive d’autant qu’il ne connait aucune de ses victimes. S’engage alors un jeu de chat et de la souris en suivant les points de vue de l’enquêteur et du tueur.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ram V et Dan Watters se connaissent bien pour avoir plusieurs fois collaboré main dans la main sur L’étrange créature du lac noir vit toujours ou Batman Nocturne. Cette fois, ils se lancent dans le polar futuriste avec un concept pour le moins original puisqu’il suit à la fois le détective et le tueur de façon équitable, chacun ayant sa partie et son dessinateur (respectivement Laurence Campbell et S. Kumar). Outre la qualité de l’histoire qui commence comme un polar classique mais plonge vite dans le polar poisseux futuriste et paranoïaque à la Seven et Blade Runner dans le monde de 1984, ce qui augmente l’intérêt est son concept formel. Dans sa version d’origine, le comics était sorti en 5 tomes suivant alternativement la progression des deux personnages en parallèle, dissipant le brouillard de l’intrigue au fur et à mesure. Dans cette intégrale, nous avons d’abord l’enquête entière du point de vue de Ari, puis la même, du point de vue du tueur, procédé que l’on appelle l’effet Rashōmon tiré du film de Akira Kurosawa où une même scène est relue à travers les yeux de chaque personnage, donnant un nouvel éclairage sur les évènements et questionnant sur l’objectivité de la réalité. Cela rebat complétement les cartes et ne cesse de surprendre le lecteur sur ses attentes. A vous de voir quel mode de lecture vous souhaitez adopter mais on ne peut que vous conseiller cette œuvre complexe qu’on verrait très bien en série, on en mettrait notre main à couper…