parution 28 août 2013  éditeur Glénat  collection Grafica
 Public ado / adulte  Thème Historique

Ambre gris T1

Dans ses mémoires, un curé relate une terrifiante campagne de chasse à la baleine, en compagnie d’un commandant tortionnaire. Quand Michel Durand s’empare de la « nouvelle BD », c’est pour mieux nous retourner les tripes…


 Ambre gris T1, bd chez Glénat de Durand, Boucq
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Glénat édition 2013

L'histoire :

Au crépuscule de sa vie, l’abbé Grégoire écrit ses mémoires. L’un de ses souvenirs les plus prégnants le remet à bord du baleinier Belespoir, pour une chasse homérique de ces imposants cétacés aux côtés d’un commandant cruel et haineux : Pierre Masquelier. A l’époque, si un mousse cherchait à déserter, celui-ci recevait le supplice de la bougie : on le gavait d’huile, on lui enfonçait une corde par la bouche jusqu’à l’estomac et on allumait la torche. Le bougre s’enflammait alors par la tête et mourrait dans d’atroces souffrances. Pour ses basses œuvres, Masquelier était secondé par le premier maître William Peter, tout aussi tortionnaire que lui. Au terme de sa campagne de chasse, il escomptait s’assurer une récolte productiviste et prolifère, emplir les cales de son navire d’« ambre gris ». A terre, cette sécrétion intestinale de la baleine était en effet devenue un parfum subtil et aphrodisiaque, qui se marchandait plus cher que l’or. La méthode de chasse était rodée : une fois la baleine harponnée et tuée, il fallait la coincer sur les flancs du navire afin de la dépecer. C’est-à-dire « éplucher » son cuir avec de gigantesques crochets, des cordes et des poulies ; le découper en morceaux qu’on faisait fondre ; récupérer le spermacéti dans son crâne ; fouiller ses entrailles pour en extraire l’ambre… Le père Grégoire était certes à bord pour épauler les forçats de la mer dans la foi, mais surtout parce que Jocelyn, la concubine de Masquelier, était aussi sa fille. Or le despotique commandant réclamait qu’elle le satisfît sexuellement 5 fois par jour dans sa cabine, au bas mot, à grands renforts d’orgasmes tonitruants…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Les ahurissants détails de la chasse à la baleine ont jadis été décortiqués dans le roman Moby Dick d’Herman Melville. Depuis quelques années, le 9ème art s’est emparé de ces quêtes terrifiantes pour en révéler les sordides aspects, aussi bien dans Achab (de Patrick Mallet) que dans Esteban (de Mathieu Bonhomme). Michel Durand en rajoute aujourd’hui une couche avec Ambre gris, en narrant les mémoires d’un curé qui fut surpassé par les éléments et la cruauté d’un homme. De la première à la dernière case, accompagné par un verbe soigné, le lecteur se retrouve en enfer, à bord d’un baleinier, pour une activité abominable, encadrée par un commandant ivre de barbarie. Masquelier est le personnage fort de ce premier tome, tout comme le capitaine Achab l’était dans Moby Dick, la sourde bestialité en plus. Il impose sa loi sans vergogne, s’arroge le droit de vie ou de mort sur son équipage, réclame 5 orgasmes de sa pauvre compagne et son bain quotidien de spermacéti… et sombre progressivement dans la démence. Au passage, on assiste aux étapes un peu dingues – mais authentiques ! – de l’exploitation d’un cachalot. Sur le plan graphique, on savait que Durand sait dessiner de manière très réaliste… Toutefois, il utilise ici une griffe moderne qu’on ne lui connaissait pas (encore), complété des aplats de couleurs tranchées d’Alexandre Boucq. Ce parti-pris lui permet sans doute d’être plus spontané, mais il offre surtout plus de marge aux exagérations, pour accentuer les profondeurs, ceindre le cœur de l’action avec des vagues d’une hauteur démesurées, vertigineuses (cf. p38-39), saturer les cases avec les entrailles sanguinolentes des bestiaux (p. 18-19), en enchevêtrer le décor de volutes de fumées ou de nuages tentaculaires, jouer avec les masses noires, le sentiment d’enfermement (les plafonds sont de plus en plus bas…). Durand cherche à nous écrouer au pont de son baleinier infernal et à nous retourner les tripes. N’oublions pas qu’il a commis le génial Durandur. Cette aventure est à suivre dans un second volet, qui s'annonce a priori tout aussi titanesque…

voir la fiche officielle ISBN 9782723489454