L'histoire :
A l'automne 1974, les travaillistes viennent de gagner les élections législatives au Royaume-Uni. Une réunion se tient dans le bureau de Ted Heath, le chef du parti conservateur. Il doit remettre en cause son poste après cette défaite, dans la tradition du parti. Margaret Thatcher est présente. Cette fille d'un épicier pasteur rentre chez elle et partage avec son mari son ambition nouvelle : son heure est venue, elle doit prendre la tête du parti. Le conflit est déclaré avec Ted Heath, les mesures très anti-sociales que Thatcher a prises lorsqu'elle était ministre de l'éducation refont surface. Elle est néanmoins prise en charge par les collègues qui la soutiennent, lui confient la lecture des grands penseurs du libéralisme économique : Milton Friedman, Friedrich Hayek. Ils travaillent son look, lui font suivre des cours de media training. Il faut aussi faire en sorte qu'elle ne dise pas trop franchement ce qu'elle pense, qui est parfois tellement radical (elle veut tout privatiser) que ça risque de braquer le grand public contre elle. Ses messages sont clairs : récompenser le travail, lutter contre le dirigisme de l'état, encourager la propriété. Lorsqu'elle va gagner les élections, elle va choquer le pays et le monde par sa froideur et sa dureté. Mais avant cela, il faut conquérir le parti conservateur...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Pour le premier volume d'une série de portraits des grands personnages politiques contemporains, Jean-Yves le Naour a choisi un des plus emblématiques de la fin du XXe siècle, une pure incarnation des années 1980 et du vent de libéralisme qui soufflait sur le monde occidental. Margaret Thatcher au Royaume Uni et Ronald Reagan aux Etats-Unis en étaient les deux symboles les plus marquants. On découvre tout de la conquête du pouvoir d'une femme hors du commun, qui incarne malgré ses valeurs ultra conservatrices un exemple de leadership féminin. Les auteurs ne manquent pas de le mettre en avant, en caricaturant à l'extrême le rôle de son mari qui se consacre entièrement aux ambitions de son épouse. Une inversion des clichés qui visiblement les amuse beaucoup. Le ton général est donc à l'humour, aux petites scènes forcément exagérées mais qui rappellent à quel point la première ministre rassemblait contre elle une large opinion progressiste, artistique, au delà des frontières de son pays. Il n'y avait pas que la chanson Miss Maggie de Renaud pour représenter ce mouvement, il y avait l'incroyable Margaret on the Guillotine de Morrissey, infiniment plus virulent et violent ! On assistera aussi à la manière extrêmement forte qu'elle a utilisée pour gérer des grèves à l'ampleur historique. Une approche qui a marqué l'époque, et sert d'exemple encore aujourd'hui à nombre d'ultra libéraux. Evidemment l'album est très critique : si Thatcher est votre modèle politique absolu, vous n'allez pas passer un bon moment. Mais pour tous les autres, c'est un retour amusant et édifiant dans le passé. Et le portrait acide d'une femme politique d'une dimension incroyable.