L'histoire :
Un peu avant la seconde guerre mondiale, Carl Lutz et sa femme ont voyagé, notamment à Jerusalem. Ils ont vu le mur des Lamentations et perçu, déjà, certaines remarques antisémites… En 1941, de Suisse (leur pays), ils prennent le train pour Budapest, où Lutz a été nommé Vice-Consul. La Hongrie se retrouve dans une situation compliquée : auparavant neutre, elle a dû s’allier à Hitler pour éviter des problèmes encore plus grands. Mais les dirigeants hongrois sont loin de partager les idées et objectifs nazis. Pour le compte de la Suisse, Lutz représentera les intérêts du Royaume-Uni. Il apprend que la Hongrie s’est sentie « obligée » de déporter des centaines, des milliers de juifs et que des exécutions sommaires ont été commises. Sans demander d’autorisation à sa hiérarchie, il prend le risque d’organiser des départs massifs de juifs en-dehors de la Hongrie, vers la Palestine, d’abord. Il fait remettre de nombreux papiers d’identité à des personnes dans le besoin. Mais Hitler demande des bras pour le travail forcé en Allemagne, ce qui va contrecarrer les initiatives de Lutz. De plus, la Suisse qui ne souhaite pas de conflit, ne compte pas délivrer des visas de sortie en masse.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ces personnes qui, comme Lutz, ont accompli des sauvetages exceptionnels durant la shoah, dans des conditions impossibles et souvent dans l’ombre, sont appelés les Justes parmi les nations. Cet album mémoriel qui lui est consacré parait aux côtés d’un autre consacré aux beaucoup plus célèbres Oskar et Emilie Schindler. Ce n’est évidemment que justice et œuvre d’utilité publique. L’histoire de Lutz est illustrée par un artisan excellent et chevronné, Brice Goepfert, qui s’était déjà confronté à la période de la seconde guerre mondiale sur un album des Compagnons de la libération, déjà chez Grand Angle, déjà aux côtés du scénariste Jean-Yves le Naour. Son trait élégant, sûr, lumineux, aidera sans doute les lecteurs à entrer dans ces épisodes dramatiques. Comme pour ses BD précédentes, le dessinateur sait mettre en scène de façon lisible, évidente, sans esbroufe, mais avec un sens aigu de la précision. La documentation est solide, sans que ce soit scolaire. Le scénario est bien mené, riche de tranches de drames et de rebondissements avec, à chaque fois, mille dangers au rendez-vous. Tout cela fait un album hautement réussi. Dans les temps actuels pollués par l’antisémitisme, célébrons les Justes. Le monde en aura toujours besoin.