L'histoire :
La petite Glannes, fillette des rues, a jadis été adoptée par Jean-Baptiste André Godin, industriel de poêles en fonte et fondateur d’un phalanstère social et utopique, le « familistère », à Guise. Mais sans raison apparente, Glannes a fugué à Paris. Revenue à la rue, Glannes a alors proposé à un médecin des pauvres de créer un système utopique similaire, mais dans le milieu des truands. Elle s’est ainsi placée au cœur d’une vaste organisation criminelle – mais sociale ! – regroupant mendiants, prostituées, pickpockets, sous le nom de Madame Fourier. Plusieurs années ont passé lorsqu’elle est rattrapée par son passé alors même qu’elle est enceinte. Elle est kidnappée par Emile Godin, le fils jaloux et désormais adulte de Jean-Baptiste, qui cherche à la fois à se venger et à tout savoir sur son organisation. Emile décide d’utiliser un nouveau procédé, l’hypnose, pour la torturer psychologiquement et la faire parler. Il l’enferme pour cela dans une cave secrète du familistère et lui impose au quotidien des séances avec un hypnotiseur professionnel. Au début, Emile apprend ainsi toute l’enfance indigente de Glannes… mais ensuite, la jeune femme se referme et ne dévoile plus rien, durant des jours et des jours…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Après De brique et de sang (par Régis Hautière & David François, 2010), le scénariste Jean-David Morvan focalise à son tour sur une utopie qui a fonctionné plusieurs dizaines d’années à la fin du XIXe siècle, le familistère de Guise (Nord de l’Aisne). Rappelons à ceux qui ne connaissent pas, que cet établissement social et industriel, totalement utopique, a logé en vase clos les ouvriers de l’usine et leur a proposé de regrouper en ce lieu des services pratiques et un confort moderne. Une expérience socialiste, mélange inattendu et pourtant relativement fonctionnel (pendant une durée limitée…) du paternalisme et du communisme ! Afin de proposer un peu d’originalité, Morvan a alors eu l’idée de croiser cet établissement avec une autre utopie, plus ancienne et anarchique, la cour des miracles. Dans cette fiction, la « reine des gueux » est une jeune femme, jadis adoptée par Godin et aujourd’hui torturée par son fils Emile, âme damnée jalouse et revancharde, à une finalité… certes un peu floue. Qu’importe les aspects légèrement fumeux de l’intrique, le diptyque est bien rythmé et il met en avant l’essentiel. Il s’appuie sur une partition graphique formidable, réalisée par Romain Rousseaux Perin, ancien architecte et actuel thésard en sociologie. Ses personnages sont bien en place, ses décors riches et surtout, ses vues plongeantes en doubles pages (p.4-5, p.34-35, p.54-55) sont dingues !