L'histoire :
Une piste d'hélicoptère est le seul point d'arrivée sur cette île inconnue de presque tous, protégée du reste du monde et réservée aux hommes et aux femmes les plus riches. Sinclair arrive sur place avec l'objectif de négocier l'achat d'une villa pour son patron. Il rencontre Herr Zwingli, qui a acquis l'île cinquante ans plus tôt et en a fait le concept le plus exclusif qui soit. Des propriétés dans les styles les plus incroyables, dessinées par les plus grands architectes, une production électrique autonome utilisant l'énergie des marées et du vent. Les produits de luxe sont livrés par bateau, cuisinés par un chef dédié, tout est prévu pour une vie sans encombre pour les privilégiés qui ont pu acheter ici leur pied à terre. Mais le milieu ne pardonne pas à ceux dont la fortune baisserait un tant soit peu. Ceux-là sont vite chassés de l'île, leur bail est attribué à quelqu'un d'autre. Il faut tout simplement être parmi l'élite de l'élite sur le plan financier pour pouvoir prétendre faire partie du club. Un bail qui ne dure que cinquante ans, à l'issue desquels tout revient à Zwingli. Les tensions existent au milieu de cette micro-société. Des disputes au cours de soirées ultra select dérapent. Mais cette communauté ne renoncera pas à ce luxe ultime d'être privilégié parmi les privilégiés. Il faudrait un grand évènement pour remettre tout cela en cause...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Cet album propose une sorte de huis-clos au sein d'un paradis terrestre exotique, sans qu'on réalise dans un premier temps qu'une leçon de morale nous attend, ainsi que tous les habitants de l'île. Il s'agit ici du dernier scénario du grand Pierre Christin, disparu en 2022. Un scénario laissé de côté pendant de longues années par celui qui a écrit les Phalanges de l'Ordre Noir et Partie de Chasse, deux albums absolument marquants de la BD contemporaine. Ici aussi la galerie de personnages est peu flatteuse. Aucun d'entre eux n'est sympathique, le scénariste ne cherche à nous rapprocher d'aucun d'entre eux. Le récit évolue progressivement vers une forme de pessimisme détaché que les évènements vont accentuer. Le dessinateur Titwane s'est approprié l'idée de Christin et accompagne visuellement la satire sociale en tournant certains personnages en ridicule (la scène de bataille au bord de la piscine). Le résultat est à la fois affligeant et drôle. L'admiration du dessinateur pour le scénariste de Valérian est par ailleurs visible, avec un petit clin d'œil qui n'échappera pas aux fans du héros spatio-temporel. Stella Lory a contribué à terminer le travail démarré par le regretté scénariste. Le résultat est un album dense dans sa montée de tension. Dès le début, on sent que quelque chose ne va pas. Une situation dramatique va s'imposer à tous et remettre les êtres humains à leur modeste place, quelle que soit leur fortune. Les auteurs ont bien fait de mener ce projet à bien, avec respect et en apportant une touche personnelle indéniable.