L'histoire :
Sept ans après son retour à Paris, Youssef est devenu journaliste. Lorsque le Sud Liban est envahi par les troupes israéliennes, il décide de retourner à Beyrouth, sa ville d'origine. Il réussit à entrer dans Beyrouth Ouest où des libanais et des palestiniens ont décidé de rester, malgré les bombardements ininterrompus en provenance de l'Est de la ville où les troupes israéliennes sont installées. Il constate que la ville a gardé, malgré les difficultés, un sens de la vie en commun et de la solidarité incroyables, ce qu'il appelle « le génie » de Beyrouth. La première rencontre avec des libanais en armes qui ont pris fait et cause pour les palestiniens est étonnante : ils veulent faire confiance au journaliste français, partent du principe qu'il sera de leur côté puisqu'il est né ici. En accédant à son appartement au huitième étage, il croise une famille qui l'invite à les rejoindre, le soir, pour le dîner. Il n'est pas bout de ses surprises lorsqu'une jeune voisine fait irruption chez lui par un endroit totalement improbable. Il sent qu'il s'immerge déjà dans cette culture où il se sent bien. Il appelle sa petite amie restée en France. Il lui explique pourquoi il n'est pas resté avec ses amis d'enfance, l'un d'entre eux voulait lui imposer ce qu'il devait écrire dans son journal.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce deuxième épisode nous montre Youssef comme emporté par la joie intime d'être de retour à Beyrouth, qui parfois semble dépasser les horreurs de la guerre. Les sentiments contradictoires du personnage sont effleurés, mais la mise en scène suffit pour nous faire découvrir cette contradiction. Comme lorsque le jeune homme contemple la ville depuis son balcon et se fait renverser par le souffle d'une bombe. La lecture de cet album est très rapide, un trajet à moto peut couvrir deux pages silencieuses, comme pour nous inviter à ressentir plutôt qu'à lire ce qu'il faut penser de cette situation. Les dessins de Lena Merhej restent très simples avec peu de décors, mais leur séquencement est maitrisé, l'enchaînement des cases est fluide. Le scénariste Sélim Nassib prend en creux le parti de ceux qui souffrent de la violence militaire. Les soldats israéliens ne sont jamais incarnés, leurs raisons ne sont pas expliquées. Il privilégie un ressenti proche de celui qu'ont ressenti les populations des pays étrangers en découvrant ce conflit d'une brutalité soudaine au début des années 1980. Evidemment, le livre prend un sens particulier avec la situation actuelle et un affrontement sur le sol libanais qui semble se répéter 40 ans plus tard. Beyrouth est toujours le théâtre des destructions, mais la ville et son génie semblent toujours là, décrits avec passion par ceux qui ont vécu dans ce pays particulier. Ils font l'exemple d'une cohabitation possible entre communautés différentes.