L'histoire :
Publié pour célébrer les 40 ans des éditions Delcourt, Instant d’années est un ouvrage hors normes signé Alfred. L’auteur y adopte la forme du leporello – un livre dépliant, circulaire, proche de l’anneau de Moebius – pour raconter, par fragments, la mémoire de la maison fondée par Guy Delcourt. Plutôt que de retracer une chronologie exhaustive ou d’ériger un panthéon d’auteurs, Alfred choisit l’évocation. Le livre assemble une succession d’instantanés, issus à la fois de souvenirs personnels, de moments partagés, de scènes de travail ou de rencontres marquantes. L’important y côtoie l’anecdotique, le net se mêle au flou, comme dans toute mémoire vivante. Chaque planche repose sur une structure immuable de quatre cases, que le dessin d’Alfred habite librement. Au fil des pages, apparaissent figures tutélaires, auteurs, éditeurs, lieux, fantômes aussi – de Renaud à Pierre Tchernia – mais sans hiérarchie ni commentaire appuyé. Instant d’années se lit comme une traversée sensible de l’identité Delcourt : plurielle, mouvante, profondément humaine.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Avec Instant d’années, Alfred réussit un pari délicat : donner une forme à l’âme d’un éditeur réputé inclassable. Là où une approche institutionnelle aurait figé Delcourt dans une suite de dates et de succès, l’artiste privilégie la sensation, la trace, le souvenir imparfait, à l'image de la vie. Le choix du leporello n’est pas qu’un gimmick graphique. Il fait sens : le livre se lit sans début ni fin, à l’image d’une maison d’édition qui n’a jamais cessé de se redéfinir. La répétition des quatre cases agit comme un cadre rassurant, presque hypnotique, au sein duquel Alfred déploie toute la souplesse de son dessin : tantôt précis, tantôt esquissé, parfois abstrait, toujours habité. Ce qui frappe ici, c’est l’absence totale de discours théorique ou d’autocélébration. Instant d’années ne cherche pas à expliquer Delcourt... il l’évoque. Il ne catalogue pas... il suggère. Et c’est précisément dans cette modestie apparente que réside sa force. Alfred capte quelque chose de rare : le bruissement créatif d’une maison, ses doutes autant que ses fulgurances. Cet ouvrage s’adresse autant aux lecteurs fidèles qu’aux curieux, aux amateurs de bande dessinée qu’aux amoureux des formes éditoriales atypiques. Un ouvrage à parcourir, à déplier... à revisiter.