L'histoire :
En 1870, Arthur Rimbaud a seize ans. La guerre contre la Prusse et un besoin irrépressible de liberté amènent le jeune homme à fuguer une première fois le 29 août Belgique, puis à Paris... où il se retrouve en prison ! C’est Georges Izambard, son professeur de littérature au collège de Charleville qui lui vient alors en aide. A cette période, de passage à Douai, Arthur Rimbaud confie à Paul Demeny, un poète et éditeur qu’il a connu par l’intermédiaire de Georges Izambard, les poèmes qui forment le premier « Cahier de Douai ». La guerre, qui s’achève aux portes de Charleville, marque profondément le jeune homme. Après l’humiliante défaite éclair de la France à Sedan, l’empereur Napoléon III capitule le 2 septembre 1870 et la République est proclamée deux jours plus tard. Le 19 septembre, les Prussiens assiègent Paris et le collège de Rimbaud ferme ses portes. Arthur fugue à nouveau en Belgique et à Douai où il remet à Paul Demeny sept nouveaux sonnets, qui constituent le second cahier de Douai. Plus tard, le poète s’en ira rejoindre la Commune et radicalise son engagement politique et ses textes. Rimbaud écrira plus tard à Paul Demeny : « Brûlez, je le veux, et je crois que vous respecterez ma volonté comme celle d’un mort, brûlez tous les vers que je fus assez sot pour vous donner lors de mon séjour à Douai ». Demeny n’en fit rien...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Plus qu’une adaptation en BD, Les Cahiers de Douai propose une mise en images du célèbre recueil poétique d’Arthur Rimbaud. À travers ses textes, l’album restitue les premiers élans d’un auteur déjà traversé par la révolte, le désir de liberté et le rejet des conventions. Après s’être déjà consacré à la jeunesse du poète avec la série Voleur de Feu, Damien Cuvillier poursuit ici son exploration de l’univers rimbaldien sous une forme plus libre. Ainsi, l’ouvrage alterne illustrations pleines pages, séquences en bande dessinée et compositions plus contemplatives, sans chercher à enfermer les poèmes dans une lecture unique. À ce titre, le choix graphique se révèle particulièrement riche : aquarelle, encre ou pastel se répondent pour accompagner des textes déjà très visuels. Certaines mises en scène prolongent directement les images suggérées par les vers, tandis que d’autres privilégient une approche plus sensorielle. Cette diversité contribue à maintenir une lecture vivante malgré la densité littéraire. Mais l’ensemble fonctionne d’ailleurs davantage comme un livre illustré que comme une véritable BD. Pensé aussi pour accompagner la découverte scolaire de la poésie du XIXe siècle, Les Cahiers de Douai réussit à rendre accessibles ces textes fondateurs sans les simplifier. Cet ouvrage élégant témoigne autant de la modernité de Rimbaud que de la sensibilité graphique de Damien Cuvillier.