L'histoire :
Le temps de l'enfance est révolu pour les amis Paul, André, Loulou et Mo, tous désormais partis vers des destins différents. Le petit frère de Slimane travaille toujours dans le garage du père de Pino, un des colons français qui respecte totalement ses employés musulmans. Pourtant Mo fait partie de cette jeunesse algérienne sensible aux injustices qu'elle subit de la part du système colonial. Les tentatives d'ouverture de l'époque Mendès France se sont heurtées à la résistance des français les plus puissants en Algérie qui avaient déjà truqué les élections de 1948, et l'indépendance est devenue l'objectif unique des mouvements qui se constituent. Paul et André poursuivent tous les deux des études à Paris, le succès d'André auprès des filles exaspère son cousin, qui n'a pas encore connu de relation amoureuse. Loulou a fait partie du régiment parachutiste qui intervient dans les Aurès en ce début d'année 1955, contre une armée indépendantiste encore peu structurée. Il va bientôt être affecté à une mission de renseignement très particulière à Alger, qui consistera à utiliser sa connaissance de la ville et de la langue arabe pour identifier les sympathisants du FLN. Il va alors participer malgré lui aux premières séances de torture. Quelques mois plus tard, une manifestation dans les rues de Philippeville va déclencher une séquence d'une violence inouïe. Des coups de feu sont échangés avec les autorités, pendant qu'à quelques kilomètres de là, des familles européennes sont massacrées. Les représailles seront terribles, et feront des milliers de morts. C'est le début d'une escalade en partie voulue par la frange radicale du FLN, et qui fait le jeu des colons les plus déterminés à conserver leurs privilèges.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Avec ce deuxième volume sur cinq prévus, la saga historique franchit un cap, mélangeant avec beaucoup de maîtrise les aventures personnelles des amis d'enfance, et la montée vers la guerre. Malgré la force des moments les plus marquants – la terrible scène de l'attentat du Milk Bar est mise en scène à la perfection – on reste attachés aux sentiments de chacun des protagonistes. On passe beaucoup de temps à Paris, comme pour mettre en évidence l'éloignement entre les villes algériennes et la capitale française, en plein bouillonnement culturel et intellectuel. Paul et André sont au cœur du récit, leurs retours épisodiques en Algérie sont l'occasion de moments clés avec la réalité locale, en plein bouleversement. L'habileté de Philippe Richelle est de ne pas simplifier les enjeux du conflit, tout en expliquant les injustices et la corruption qui ont été à l'origine du mouvement d'indépendance. Les débuts dans la petite enfance des personnages dans le tome précédent sont un atout précieux pour permettre au lecteur d'imaginer un peu le déchirement pour tous ceux qui vivaient pacifiquement leurs origines différentes. Le dessinateur Alfio Buscaglia produit des pages d'une grande élégance, et sait assombrir de manière fulgurante le contexte qu'il décrit. Les personnages ont des regards nuancés, le tout sans effort apparent, une belle performance. Un excellent deuxième tome qui promet une suite passionnante.