L'histoire :
Là où l’animal ne fait qu’obéir à son instinct, l’être humain s’est inventé des dieux pour justifier ses actes. En leur nom, ou à cause d’eux, il a défini les notions de Bien et de Mal, toujours persuadé d’agir ainsi de plein droit, se faisant le prédateur ultime. Dans un futur relativement proche, la civilisation terrienne, ayant inexorablement fini de puiser les ressources de la Terre, est partie fonder une colonie sur une petite planète habitée par des peuplades, humaines elles aussi, mais qui en sont encore à l’âge de fer. Ces néo-colons, très avancés technologiquement, convaincus d’avoir appris de leurs erreurs, et – comme toujours – persuadés d’être porteurs du Bien, comptent bien prendre un nouveau départ. Mais 30 ans passent et le Terrien, « gourmand » par nature et tout évolué qu’il puisse être, prend l’ascendant sur ses hôtes : asservissement, viols, pillages des richesses et des terres… Les natifs, pourtant peu solidaires, se révoltent et entrent en guerre. Parmi les chefs de tribus fédérées contre l’emprise des Terriens, il en est un, plus mauvais, plus fou, ou plus libre, qui tentera, au-delà de toute croyance, de redéfinir les notions du Bien et du Mal. Et d’entre les ténèbres se dresse un guerrier que tous redoutent, qu’ils appellent le Bâtard et qui se nourrit de la peur et de la haine…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Sur une planète colonisée par les derniers représentants de l’humanité, Goetz imagine un futur où les promesses de civilisation basculent rapidement dans la domination et la violence. Les Terriens, venus reconstruire un monde neuf, reproduisent finalement les mêmes mécanismes d’exploitation que sur Terre, face à des peuples restés à un stade médiéval. Au cœur du récit, surgit Goetz, guerrier brutal et imprévisible, qui devient peu à peu le symbole d’une révolte aussi destructrice qu’ambiguë. À ce titre, le récit joue constamment avec les notions de Bien et de Mal, sans jamais chercher à désigner de véritables héros. Cette approche donne au scénario une dimension sombre et parfois presque philosophique. Quant au mélange fantasy / SF, il fonctionne particulièrement bien grâce à l’univers visuel développé par Didier Cassegrain. Son dessin impressionne par sa puissance et sa densité avec des scènes de bataille qui dégagent une énergie brute, presque sauvage. Son trait rugueux et les compositions chargées renforcent cette sensation de violence permanente. Certaines planches prennent même une ampleur spectaculaire, notamment dans les grands panoramas. Cassegrain parvient à donner une véritable matière à cet univers, entre brutalité médiévale et technologie futuriste. À la fois dense, violent et volontairement inconfortable, Goetz est une BD ambitieuse qui dépasse largement le simple récit de conquête pour interroger les rapports de domination humains.