L'histoire :
Ada Treves, épouse du major républicain Guido Treves, vient demander l’aide de Max : son mari a disparu sur le front qui oppose républicains et franquistes. Max accepte de retourner en Espagne malgré ses blessures et ses traumatismes. La disparition de Treves semble liée à des manœuvres politiques et à des luttes d’influence au sein même du camp républicain. Le major a en effet pris la décision de protéger un soldat qui avait accepté que ses hommes se replient pour éviter de les perdre tous dans une bataille déséquilibrée. Il s'était attiré les foudres de la police politique du camp anti nationaliste. En cette année 1938, le conflit espagnol mobilise à la fois les défenseurs de la liberté – dans la suite des fameuses brigades internationales – et les services secrets des puissances qui vont s'affronter dans la guerre mondiale toute proche. Les soviétiques soutiennent les républicains, mais imposent à travers leurs alliés communistes une ligne qu'il n'est pas bon de contester. Fridman se rappelle de ses derniers faits d'armes sur le front aux côtés de Guido, mais il ne sait pas s'il a la moindre chance de le retrouver vivant. Il s'associe à un groupe de journalistes et, sous la fausse identité d'un photographe, il va retourner sur les lignes de front.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce deuxième volume de l'intégrale des aventures de Max Fridman regroupe la séquence consacrée à la fin de la guerre d'Espagne. Trois épisodes pour plus de 160 pages dans un format roman graphique très agréable pour une lecture continue, avec le plaisir de découvrir de beaux suppléments en noir et blanc et en couleurs. Sur le plan historique, cette aventure prend le temps de voir les personnages exprimer leurs doutes et leurs peurs. Elle donne à réfléchir sur la complexité du conflit qu'elle raconte. Les soutiens des républicains imposent leur vision du monde et déroulent tous les complots possibles pour parvenir à leurs fins. Ils semblent souvent plus préoccupés de leur ambition politique que du sort de ceux qui se battent contre un putsch qui veut renverser la démocratie. Une seule intrigue sur ces trois épisodes permet de partager ces doutes, alors que Fridman s'appuie sur des soutiens dont il doit à tout moment se méfier. L'auteur met en scène les faiblesses de son héros, ces tremblements qui l'agitent à chaque bruit d'explosion, mais aussi son courage quant il s'agit de retourner risquer sa vie alors que sa fille de dix ans attend son retour. Il est aussi élégant et séducteur, une dimension légèrement appuyée, qui ajoute un petit plus au récit. Ces épisodes ont été réalisés plus de quinze ans après la saga hongroise et turque, mais la continuité est totale, comme si Max continuait de vivre dans la tête de Giardino, alors même que l'auteur réalisait Jonas Fink, une autre très belle série. Le trait de l'auteur, on ne peut pas ne pas en parler, est une référence de la ligne claire contemporaine. On admire ces pages denses mais très lisibles, sans hachures et quasiment sans ombres (un petit peu en dessous des voitures). On ne le remarque pas si on ne le sait pas, les planches de ce recueil sont tout simplement belles, avec une touche de sophistication à peine perceptible dans le tombé du col du manteau de Max.