L'histoire :
Nous sommes en 1938 et l'Autriche a été annexée par l'Allemagne nazie. Avec un soutien massif de la population, les chemises brunes commencent à terroriser les citoyens juifs, tandis que se mettent en place des lois d'interdiction qui stigmatisent cette partie de la population. La famille Meyer observe ce qui se passe autour d'elle, les commerces victimes d'attaques ciblées sont le premier exemple d'une montée en puissance d'un antisémitisme d'état. Le père de famille s'efforce de croire que la situation va se détendre, que les attaques ne sont que passagères, qu'il n'est pas possible que leur pays ait changé à ce point. Mais les lois s'accumulent de manière inéluctable, repoussant chaque jour les limites de l'acceptable. Lorsque les passeports des citoyens juifs sont saisis puis rendus à leurs propriétaires marqués d'un J majuscule, Franz comprend que la seule solution possible est de quitter le pays. Mais autour d'eux, les états qui acceptent une arrivée massive de réfugiés juifs sur leur territoire sont rares. La terrible conférence d'Evian du 6 juillet n'aboutit à aucun résultat tangible. Très peu de pays acceptent d'ouvrir leurs frontières à ceux qui ne sont pas des scientifiques ou des personnalités renommés. Il faut donc recourir à la clandestinité pour quitter le pays. Franz fait alors appel à une vieille amie française, qui n'est autre que la mère de Max Fridman...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Pour le retour de son héros ex agent secret, Vittorio Giardino poursuit son exploration de la fin des années 1930, des mois qui précèdent le début de la guerre mondiale. Max n'apparaît que dans le second épisode de cette intégrale, une vraie surprise narrative qui rend son entrée en scène encore plus forte. Comme lors de sa précédente aventure parue il y a près de 20 ans, il reprend du service à son propre compte pour porter secours à des personnes en détresse. La continuité historique et la personnalité du héros sont inchangés, comme si Max n'avait jamais quitté l'esprit de son auteur. Tout semble naturel lorsqu'il apparaît en train de fêter Noël avec sa fille, et qu'il accepte de risquer sa vie avec un courage hors normes. Ce volume au format roman graphique se dévore littéralement. Il est impossible de s'en détacher. La deuxième partie de l'album est absolument captivante, pleine d'un suspense haletant jusqu'à sa dernière page. La maîtrise narrative de l'auteur italien est incroyable, une véritable leçon de savoir-faire qui fait qu'on oublie totalement qu'on est en train de passer d'une case, puis d'une page à l'autre. Giardino est resté un grand maître dont le style graphique inchangé apparait encore plus comme un modèle du genre : une ligne claire d'une fluidité bluffante, avec quelques clins d'œil comme cette position assise, pipe à la main au coin d'une cheminée avant que l'aventure commence. Il ne manque plus que le whisky et le Centaur Club. Giardino gère tous les aspects de son récit à la perfection. Cette nouvelle aventure inattendue est un cadeau à ses fans et s'impose comme la meilleure de la carrière de Fridman. Ce troisième tome est donc un bijou de BD classique, sa lecture après les deux précédents est une superbe expérience pour ses fans comme elle le sera pour de nouveaux lecteurs. Grazie Vittorio !