L'histoire :
Le 15 juin 2015, Cléo Rosier a rendez-vous dans un building ministériel sur lequel est apposé l’acronyme « MAC », situé à la Défense (Nanterre). Après avoir favorablement franchi les portails de sécurité sous l’œil suspicieux des vigiles, une hôtesse d’accueil méprisante la fait patienter sur un banc situé dans une halle gigantesque, froide et impersonnelle. Dans la demi-heure qui suit, trois autres personnes s’assoient progressivement à bonne distance d’elle. Enfin, une vieille secrétaire acariâtre vient les chercher et les appelle les « quatre fantastiques ». Le DG est en cellule de crise, il n’a pas le temps de les recevoir. Tout en les conduisant à travers les étages par un ascenseur elle leur explique en quoi consiste la mission du MAC : désamorcer tous (tous !) les sujets complexes de tous (tous) les ministères. Eux, ils seront logés au 3e étage, dans une pièce grise et exigüe, dont la fenêtre donne sur une autre façade grise, qui ressemble à un placard. Leur mission à eux, c’est les réfugiés. Le DG les convoque illico et leur explique en deux mots : c’est la crise migratoire, ils vont devoir apporter de la fluidité entre les différents ministères impliqués, et tout gérer : les centres d’hébergement, les bateaux en mer, les bidonvilles, les migrants irréguliers, les déboutés, les mineurs isolés, la jungle de Calais, les demandes d’asile, les arbitrages politiques, les décisions diplomatiques européennes… Ils ont 10 jours max pour tout organiser.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce Ministère des Affaires Complexes, MAC en abrégé, n’existe pas, précisément. Néanmoins, les agents chargés de débloquer des situations complexes interministérielles, il y en a un peu partout et en pagaille ! Or en 2015, date à laquelle se situe ce récit de vulgarisation administrative, le sujet primordial est la crise des migrants. Sans doute le titre de cette Chronique d’une gestion de crise au cœur de l’État aurait d’ailleurs été plus explicite en évoquant ce vrai propos : « Immersion dans la gestion interministérielle et infernale de la crise des migrants ». Le scénario est en grande partie biographique, car Cléo, pseudo d’une authentique agent de l’Etat, a vécu 5 ans immergée dans cette problématique inextricable. Dans un climat de tensions austères, elle nous donne à suivre les péripéties administratives et politiques de 4 agents recrutés pour gérer cette crise de A à Z. Répondant à une griffe humoristique et simple, le dessin de Kokopello ajoute de la légèreté à ce sujet lourd et permet d’en désamorcer le caractère rébarbatif. En revanche, le scénario à proprement parler y aurait gagné à moins d’itérations et moins de tergiversations pour aller à l’essentiel. 200 pages d’atermoiements administratifs qui tranchent froidement sur des destinés tragiques, c’est beaucoup, surtout quand c’est redondant. On sent bien que Cléo maîtrise son propos – un sujet qu’elle a vécu et qui méritait d’être creusé par une spécialiste – mais on sent bien aussi qu’elle n’est pas scénariste professionnelle.