L'histoire :
Joann Sfar rencontre le docteur Florian Gonzales lors d’une soirée caritative du FSJU à Toulouse. Il est chirurgien. Il était en poste en Israël lors des massacres du 7 octobre. Joann lui demande de lui raconter sa vie d’abord et l’hôpital ensuite. Ses parents sont algérois et sont partis au Maroc dans les années 1950, puis en France en 1962. Son grand-père était boucher. Sa famille était installée en Haute-Garonne. Il a grandi à Toulouse dans une HLM au Mirail. Sa mère était caissière. Ils ont été les derniers juifs à quitter le quartier, quand ce n’était plus possible. Les juifs n’étaient plus les bienvenus dans ce quartier. Leurs voisins arabes les adoraient. A chaque fois qu’ils subissaient des choses, ce sont des arabes qui leur venaient en aide. Les attentats de Toulouse en 2012 ont été un électrochoc pour leur communauté. C’est certainement à ce moment là que les toulousains juifs ont tous envisagé un départ. Depuis ces tragiques événements, le chirurgien se disait de plus en plus : « Un jour on vivra en Israël ».
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Terre de sang achève la trilogie (après Nous vivrons et Que faire des juifs ?) que Joann Sfar a débuté après les attaques terroristes d’une ampleur sans précédent du 7 octobre 2023 perpétrées par le Hamas contre Israël. Il s’est rendu en Israël, en Cisjordanie pour rencontrer des personnes qui vivent au quotidien un conflit insoutenable et inextricable. Dans un monde fracturé où le dialogue est difficile et la pensée en panne, Sfar prête l’oreille aussi bien à des voix palestiniennes, bédouines, arabes, juives qui évoquent un quotidien meurtri, englué dans un contexte de violence et de haine. Dans ce reportage dessiné de plus de 600 pages, l’auteur de BD et cinéaste réputé pour ses positions engagées évoque de manière touchante et authentique le désespoir commun des différents peuples. L'ouvrage est à certains égards complexe et nécessite un minimum de connaissances de l’histoire du Proche-Orient, de la culture du peuple juif ainsi que quelques références littéraires. Les lueurs d’espoir sont malheureusement assez ténues et on ne sort pas indifférent à la lecture de ces témoignages. A l’instar de ses carnets, Joann Sfar a un dessin très spontané qui saisit l’instant présent en quelques coups de crayons rehaussés de touches d’aquarelle.