L'histoire :
Avec sa tête de porc rouge, l’artiste humanoïde Mortépi se livre à une sorte de conférence de presse exclusive face à Nastassia, une copine photo-reporter. Nastassia le filme en train de déambuler et d’exprimer son mal-être dans la friche d’une zone industrielle rongée par la corrosion et récemment dévastée par une montée des eaux. Mortépi cherche ses mots, il bafouille, mais il explique néanmoins qu’il a enfin trouvé le moyen « d’exister » et que ce biais va signer son grand œuvre. Il est maladroit et se moque de ses maladresses. Quelques heures plus tard, il partage un verre dans un bar avec son pote Niehling. Niehling est encore là, le soir-même, le seul témoin du projet de Mortépi sur la passerelle rouillée de la friche. Mortépi confie son précieux manuscrit à Niehling, puis il se passe une corde autour du cou. Sans cérémonial particulier, il saute soudain dans le vide. La corde étant attachée à la passerelle, le choc provoque la décapitation de la tête de porc de Mortépi, qui était soudée par des sortes d’agrafes à son corps. Tous les morceaux de Mortépi tombent dans les eaux polluées situées en dessous. Sans scrupule, Niehling jette également le manuscrit de Mortépi à la flotte…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Avec ce one-shot visuellement virtuose mais narrativement hermétique, le réunionnais Florian Breuil se livre à une sorte de conte crépusculaire et punk. Dans le flashforward des premières planches, on découvre ce personnage « artiste » à tête de cochon, en proie à un mal-être profond dans un monde post-apocalyptique dystopique et despotique. Au sein de cette civilisation futuriste et dépressive, ultra polluée et gangrénée par un désœuvrement généralisé, il est en effet possible de se faire greffer des têtes d’animaux. Mortépi Razorbak commence donc pas se suicider, violemment. Puis au cours du long flashback qui s’ensuit, l’auteur tente de revenir en arrière sur les raisons de ce mal-être… et on ne comprend pas grand-chose. Le décors urbain et post-industriel est superbe, l’ambiance est génialement dépressive, les créatures mentales lacustres et tentaculaires sont visqueuses à souhait… A travers les soliloques éperdus et désorientés de Mortépi, on sent la démence morbide, la pression psychique inouïe chez cet artiste pourvu d’une improbable tête de porc rouge. Mais au-delà de l’objectif d’une psyché sévèrement confuse, on ne comprend pas bien les chemins sur lesquels nous promène l’auteur. Sans doute cet embrouillamini narratif participe-t-il de la perdition du personnage et de la réflexion sur la vanité de l’art et de l’existence. Toujours est-il qu’on suivra avec intérêt le prochain ouvrage de Floran Breuil, artiste complet (car également rappeur, bassiste et beatmaker) et surtout un chouya ultime.