L'histoire :
1939. Des milliers d'espagnols ont fui le pays désormais aux mains de Franco. Il reste pourtant un grand nombre de républicains espagnols en France. Les autorités françaises parlent de camp d'internement, mais le camp du Venet, dans lequel Vicente est prisonnier est bel et bien un camp de concentration. A partir de juin, plusieurs organisations et commissions internationales commencent à s'inquiéter des conditions de vie de ces réfugiés. Jeunes comme vieux, ils arpentent le camp à moitié nus, vêtus d'un simple short, la peau tannée en permanence par les rayons du soleil ayant pris une couleur foncée. Pour certains, il devient impossible de savoir s'ils sont de type caucasien ou africain. Alors le jour où on distribue des chemises, c'est la fête ! Des chemises taillées à la française : longues, très longue. L'avantage, c'est que ça permet de ne plus porter de caleçon. C'est plus agréable et léger et cela réduit la corvée de lessive...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Les 5 drapeaux, c'est une saga historique en 5 albums. Pau, (créateur entre autre d'Atlas et Axis) a retracé une dizaine d'années de la vie de son grand-père, Vicente Jimenez Bravo. Prisonnier, esclave, fugitif, blessé, il a combattu sous les drapeaux des républicains espagnols, des français, britanniques, allemands et franquistes. Il ne fait aucun doute que Pau a travaillé des années sur ce projet, tant il est documenté. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la BD comporte un cahier graphique, qui resitue les lieux et l'Histoire de ce tome 2. Tout commence comme un journal du quotidien de Vicente, interné au Vernet. Dans la pus grande misère, lui et ses camarades créent une vie, qui va du commerce aux compétitions de sport. Mais la situation se complique encore plus pour eux quand la France entre en guerre contre l'Allemagne. L’État français crée des compagnies de travailleurs espagnols. Le travail forcé, un voyage en train dans des wagons à bestiaux et la mine... Ce destin plus que rude est retracé avec la douceur du dessin qu'on connaît à Pau, qui opte pour des tons en bichromie, du noir et blanc au sépia, ce qui confère un cachet d'antan qui colle aux années du récit. Mais ce qui impressionne, c'est sa minutie et sa finesse. Bien sûr, le sujet est grave, mais l'auteur ne tombe pas dans le panneau du mélo. Au contraire, par exemple, il glisse un hommage aux chiens de la BD Franco Belge, avec des caméo de Milou, Idéfix, Rantanplan et même Pif ! Mais c'est pour l'anecdote, parce que l'essentiel est dans cette histoire qui alène un éclairage peu connu sur ces tristes années de guerre en Europe.