L'histoire :
Au milieu du XIXe siècle, Ferdinand Cheval est un gamin « normal » d’un village drômois, Charmes-sur-l’Herbasse. Il aide ses parents, de maigre condition paysanne, aux champs : labourer pour les plantations, ranger le bois, glaner des patates, faucher de l’herbe pour les lapins… En classe, il se passionne d’égyptologie, mais surtout il rêvasse en imaginant des formes dans les nuages. Un jour, alors qu’il constitue avec des copains une nasse de cailloux pour retenir les poissons dans une rivière, on l’appelle au chevet de sa mère mourante. Il a 11 ans. Sept ans plus tard, c’est au tour de son père d’y passer. Ferdinand n’a que 18 ans, et il est orphelin. Aucune formation, aucun héritage, juste un frère, Victor, qui s’échine à subsister à l’aide de leur savoir-faire paysan. L’armée le réforme… il demande à son curateur, le père Buret, s’il peut l’emmener en apprentissage de boulangerie à Valence. En 1856, il travaille ainsi au fournil et apprend le métier en espérant pouvoir revenir au village avec quelques arguments pour demander Rosalie en mariage.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
« Cheval » était le patronyme de ce simple facteur issu du monde rural, dans un petit village de la Drôme au début du XXe siècle. Qu’est-ce qui a poussé ce modeste fonctionnaire des postes à dédier soudain sa vie, à 43 ans, à la construction d’un « palais idéal » ? C’est-à-dire une sorte de château en freestyle architectural, inspiré de ses rêves, de culture hindou et apparenté à l’art naïf, composé des jolis cailloux qu’il trouvait et récupérait avec sa brouette, assemblés avec du béton (armé parfois). Sans doute fut-il atteint d’un syndrome autistique d’Asperger… mais il fut surtout abimé par la vie, par un métier harassant (30km à pied par jour), par les deuils de ses proches, et par sa chiche condition. A l’aide d’un dessin semi réaliste simple et coloré, sans effet artificiel, Loïc Fontimpe oriente cette biographie factuelle et relativement exhaustive, en grand format sur 132 planches, dans une direction narrative contemplative très lisible, linéaire, au plus proche de la mentalité de Ferdinand Cheval. Il décrit vraiment bien cette personnalité humble, lunaire, obsessionnelle, sans sensationnalisme. On peut difficilement faire plus respectueux et exhaustif en matière de biographie. L’ouvrage se termine par un court cahier pédagogique de 4 pages sur l’artiste et son œuvre. A noter qu’un film a déjà été adapté de sa biographie en 2018 (réalisé par Nils Tavernier, avec Jacques Gamblin et Laetitia Casta).