L'histoire :
Une fillette joue à la marelle dans le somptueux parc où elle a été invitée à « jouer » avec le fils du milliardaire qui habite là. Hautain, le garçon prétentieux se moque de cette activité de gamine. Il trouve bien plus d’intérêt à jouer sur son smartphone. Mais il ne peut s’empêcher de trouver une grâce à voir sautiller la fillette. En fait, il la trouve très jolie. Quelques mois plus tard, il regrette amèrement son attitude, alors qu’il assiste à l’enterrement de sa copine, décédée d’un cancer à l’âge de 11 ans. Il pleure seul en regardant la marelle et se promet qu’il consacrera sa vie et sa fortune héritée à rechercher l’immortalité. Bien des années plus tard, il est adulte accompli et… il a réussi ! A grand renfort d’investissements et de recherches et développement, sa sociét a mis au point un protocole. Il va télécharger son intellect, son âme, dans une intelligence artificielle et se débarrasser de son enveloppe charnelle pour devenir immortel. Il l’annonce lors d’une retentissante conférence de presse. Il est bombardé de questions éthiques, religieuses, techniques… mais il semble avoir tout prévu. Il est décidé, en paix avec lui-même et il se lance. Le lendemain, il bascule et renait dans un autre monde, d’abord tout blanc. La première chose qu’il aperçoit alors, c’est un chat noir au sommet d’un monticule de cailloux…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
L’immortalité est peut-être la quête la plus ultime de l’humanité. L’atteindre en signera sans doute d’ailleurs sa perte. Jadis d’abord les religions, puis les alchimistes, puis aujourd’hui la science, y prétendent. C’est la marotte du personnage sans nom de cet essai philosophico-mystique proposé par Régis Penet en auteur complet, à une époque indéfinie mais édulcorée. Tourmenté par la mort d’une enfant de son âge, un milliardaire se donne ici les moyens, selon la connaissance de notre époque, d’accéder à l’immortalité. Cependant, l’immortalité dont il est question est un duplicata de données correspondant à son intellect et son « âme », dans une Intelligence Artificielle du cyber-espace, et non à la préservation durable de son enveloppe charnelle. Au regard des mutations techno-sociales actuelles, ça devient déjà plus crédible. Au cours d’une narration volontairement laconique, avec beaucoup de temps morts pour nous immerger dans un non-lieu et un non-temps métaphysiques, l’auteur envoie d’abord son personnage à la rencontre de figures mythologiques fondatrices. On croise ainsi Orphée, Perséphone, Gilgamesh… mais aussi le chat de Shrödinger, qui semble nous rappeler qu’être et ne pas être en même temps, ça reste une foutue question. Cette approche se révèle tout de même un peu fumeuse et longuette. S’ensuit un procès plus intéressant, avec Hadès (le maître des enfers) pour juge, quant au droit et à l’éthique, concernant l’accès à l’immortalité pour un humain. Car un humain immortel, ça devient un peu un Dieu. Et il faut a minima justifier cette auto-promotion devant ses pairs ! Bref, pour apprécier cet épais one-shot ésotérique, il faut être amateurs de palabres pseudo-spirituels entre substances supérieures, dans un infra-monde réalistement et froidement dessiné, à tendance mythologique grecque, réhaussé de bichromie bleue.