L'histoire :
En Espagne, sous le régime de Franco, Robert et Anselmo préparent un coup d'éclat : faire sauter un pont stratégique. Robert Jordan est un jeune professeur d'université américain engagé dans les Brigades internationales. Au printemps 1937, peu avant l'offensive de Ségovie, le général Golz l'envoie en Castille avec pour mission de détruire ce pont. Anselmo lui présente le groupe de partisans antifascistes avec lequel il devra collaborer : sept hommes et deux femmes, Maria et Pilar. Maria a été emprisonnée, violée et tondue par les franquistes en raison des opinions politiques de son père. Robert, surnommé « l'Inglés » par sa nationalité américaine, tombe amoureux de Maria, qui porte la même coupe de cheveux que lui. Bientôt, la neige se met à tomber au mois de juin sur les sommets des montagnes. « Pourquoi pas ? Les montagnes ne connaissent pas le nom des mois. » Après une nuit d'amour dans la neige, Robert et Maria sont surpris par un fasciste. Robert l'abat alors de sang-froid. Puis, avec l'aide du groupe, il dissimule son corps et son cheval. Les fascistes arrivent bientôt en nombre. El Sordo est tué et les bombardiers entrent en action. Puis vient enfin le grand jour. Malgré un léger contretemps causé par un sandwich, le groupe se met en route pour accomplir sa mission : faire sauter le pont.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Le prolifique scénariste Jean-David Morvan s'attaque ici à un monument de la littérature : For Whom the Bell Tolls (Pour qui sonne le glas) d'Ernest Hemingway, publié en 1940. Sans doute le roman le plus célèbre consacré à la guerre d’Espagne. Plutôt que de chercher à retranscrire l'intégralité de la richesse du texte original, Morvan choisit d'en extraire la substance. L'intrigue se concentre sur la mission de Robert Jordan, volontaire américain engagé auprès des Républicains, chargé de faire sauter un pont stratégique derrière les lignes franquistes. Ce parti-pris permet de conserver la tension dramatique du récit tout en privilégiant son aspect le plus romanesque. Les personnages principaux conservent leur humanité, tandis que le contexte de la guerre civile espagnole reste suffisamment présent pour rappeler les enjeux historiques du conflit. Malgré ces qualités, l'adaptation n'est pas toujours accessible. Le lecteur qui ne connaît pas le roman peut parfois se perdre dans une narration qui alterne récits directs et indirects, passages descriptifs et envolées métaphoriques. Certaines transitions manquent de clarté et les nombreux personnages, chacun porteur de son propre passé, peuvent rendre la lecture parfois confuse. L'histoire tend alors à s'enchevêtrer au risque d'égarer le lecteur. Les flashbacks constituent en revanche une excellente idée de mise en scène. Présentés en noir et blanc, ils se distinguent immédiatement du récit principal. Ce choix tranche avec le reste du récit et les couleurs flamboyantes de Pierre Dawance, dont c'est ici la première bande dessinée. Et quelle entrée en matière ! Car la véritable réussite de l'album réside dans sa partie graphique. Dawance livre un travail remarquable de composition et de mise en page. Certaines planches évoquent les grandes peintures historiques narratives, où plusieurs moments d'une même action coexistent dans un seul espace et où les personnages peuvent apparaître plusieurs fois au sein d'une même image. Les frontières traditionnelles de la case s'effacent souvent au profit d'une narration plus libre. Plus impressionnant encore, les décors se construisent parfois dans les vides laissés par les silhouettes ou les vêtements des personnages. L'absence devient présence, le manque devient matière. Ce procédé audacieux confère à l'album une réelle singularité. Le dessin, avec ses personnages aux traits presque naïfs, peut dérouter lors des premières pages, mais ce choix graphique trouve rapidement sa justification dans l'ensemble de la mise en scène.