L'histoire :
En 1641, l’explorateur Werner de Hoock revient d’une fructueuse mission scientifique au Pérou financée par la couronne d’Espagne. Les mesures effectuées au niveau de l’Equateur lui ont en effet permis de calculer la sphéricité de la Terre et il est impatient de pouvoir démontrer cela devant l’Académie Royale des Sciences. Au grand dam de son écuyer Combas, de Hoock est curieux de repartir par une route peu évidente, en traversant la forêt amazonienne. Car outre la cartographie de territoires peu connus, il espère croiser les femmes amazones mythiques. Il récupère surtout des plants de Quinquina auprès d’autochtones. Ces derniers lui glissent alors une information qui l’intrigue : le dernier inca serait encore vivant et il serait un « Yuraq Runa », c’est-à-dire un indien blanc. Parti de Séville 5 ans plus tôt, De Hoock n’en est pas à quelques semaines près… Il décide de faire un détour pour rencontrer le Yuraq Runa. Son convoi repart ainsi à travers les montagnes, les jungles, les fleuves. Quelques semaines plus tard, il aboutit à un village lacustre où, dans l’obscurité d’un cabanon, les indigènes lui présentent effectivement un très vieil homme blanc, aveugle, pourvu une longue barbe. Ce dernier parle en utilisant plusieurs langues européennes entremêlées. Le vieillard entreprend de raconter son histoire, qui a commencé près d’un siècle plus tôt, en Bavière. Il s’appelait alors Hans Wolffhart et suivait une formation de forgeron, en pleine guerre de religions…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Dès les années 1990, Serge Perrotin s’est passionné pour la culture Sud-américaine précolombienne… au point d’aller y vivre quelques années. Cette influence se ressent fortement dans ses scénarios et notamment dans cette nouvelle aventure au temps des conquistadores. Ici, au XVIIe siècle, un explorateur éclairé flamand découvre qu’un vieil Inca – l’équivalent de nos rois chez les indigènes – serait d’origine européenne. Via le témoignage de ce dernier en long flashback, il nous retrace l’histoire de sa vie tumultueuse, qui passe par des guerres abominables en Europe, une traversée maritime évidemment épique, une intégration forcément complexe au sein d’indigènes cannibales… L’immersion est d’autant plus réussie qu’on ressent à la fois l’érudition et le savoir-faire narratif, qui savent se mettre à la portée du grand-public sans jamais alourdir de références, ou de dates. L’aventure historique et nécessairement exotique est dessinée par un espagnol qu’on ne connait que trop peu (pour le moment) et qui nous vient de l’industrie du comics américain, Alberto Foche. Complété des couleurs expertes de Simon Champelovier, son dessin ne laisse rien au hasard, admirable en tous points : personnages expressifs, scènes d’action vivantes, découpage et cadrages impeccables, paysages somptueux… Une sacrée belle entrée en matière ! Vivement la suite.