L'histoire :
En 1906, interrogé sur les livres les plus importants jamais publiés à ses yeux, Sigmund Freud a mentionné : « des réussites scientifiques comme celles du médecin d'antan Jean Wier sur la croyance en la sorcellerie ». Six ans étaient passés depuis la publication de L'interprétation des rêves qui l'avait fait connaître dans le monde entier comme fondateur de la psychanalyse. Publié clandestinement, le livre le plus connu de Jean Wier est un réquisitoire contre la tyrannie de l'Inquisition, contre la barbarie des procès des sorcières. En citant son ouvrage, De praestigiis daemonum - Des illusions des démons, même les plus fidèles de Freud haussèrent les sourcils. Freud prit conscience que ces curieuses influences pourraient ternir son image. Par la suite, il s'efforça de ne jamais plus mentionner sa dette envers un démonologue du XVIème siècle, dont le mentor, Cornelius Agrippa, avait été qualifié d'hérétique par les pouvoirs en place de l'époque. Ce que peu savent, c'est que les deux hommes menèrent une trouble enquête à Anvers, en 1529...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Robbie Morrison et Charlie Adlard se connaissent bien, puisqu'ils avaient ensemble signé La mort blanche, un récit fort sur la WWI. Cette fois-ci c'est dans l'Europe médiévale, à Anvers, que les auteurs nous embarquent dans un polar noir qui sent bon Au nom de la Rose. La gestation de cette histoire a été lente car une trentaine d'années avant, alors qu'il travaillait sur un tout autre sujet, le scénariste a trouvé mention des personnages historiques qu'ont été Cornelius Agrippa et Jean Wier. Alors, il se pencha sur différents ouvrages pour reconstituer la vie de ces deux hommes au destin lié. Agrippa a été en effet un érudit. Homme de paix rattrapé par les circonstances de son temps, il prit les armes pour devenir chevalier. Mais il fut également Docteur en droit, Avocat, médecin, cabaliste, astrologue aussi. Les historiens eux-mêmes se divisent à son sujet. Certains le considèrent comme un des plus grands esprits de son siècle, d'autres considèrent qu'il était un brillant charlatan que sa soif de pouvoir a conduit à sa perte. Jean Wier était un médecin français, qui ne se cachait pas pour son goût pour l'occultisme. Il étudia durant trois ans, encore adolescent, auprès d'Agrippa et tous deux se rejoignaient dans la dénonciation des procès en sorcellerie ouverts par l'Inquisition. Des positions particulièrement risquées à cette époque... Robbie Morrison propose donc une enquête qui baigne dans l'atmosphère inquiétante propre aux villes du Moyen-Age, renforcée par la folie de la doctrine de l’Église catholique d'antan, en même temps qu'il rend un hommage fictionnel à ces deux figures historiques. Le récit, mystérieux et haletant est remarquablement mis en images par un Charlie Adlard plus à l'aise que jamais avec son noir et blanc et qui met le paquet sur les décors, en particulier l'architecture des bâtiments. Bref, c'est un comics original et malgré une énigme un peu emberlificotée, il restera comme un one shot réussi.