L'histoire :
En 2076, après un incident qui a vu toutes les données personnelles stockées sur cloud rendues publiques, le monde a fait machine arrière. Ce traumatisme mondial a poussé la société à rejeter totalement le numérique et la vie publique. Depuis, Internet n’existe plus, les gens vivent hors ligne et portent des masques dans la rue pour protéger leur identité et leur vie privée. De plus les journalistes sont devenus les autorités policières chargées de faire respecter la loi. C’est dans cet univers que P.I., un détective privé (ou paparazzi), enquête sur une série de meurtres, en premier lieu celui d’une femme qui était venue le solliciter pour enquêter sur… elle-même. Aidé par la sœur de cette dernière, P.I. va se rendre compte qu’une conspiration se met en place pour remettre en place ni plus ni moins ce qui a causé le traumatisme mondial : Internet ! Heureusement il pourra compter sur son grand père grabataire, seul à même d’expliquer ce qu’est un smartphone ou un satané Ipod aux p’tits jeunes.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
On ne présente plus Brian K. Vaughan, aussi à l’aise à la télévision (Lost, Under the Dome) qu’en comics (Saga, Paper Girls). Malgré tout ce golden boy a eu la folle idée de créer sur internet avec Marcos Martin, un blog intitulé Panel Syndicate, où serait diffusé périodiquement et gratuitement un chapitre d’une histoire originale. Ce pari fou a pourtant payé car The Private Eye est né et fut un succès plébiscité par les lecteurs, qui étaient libres de faire un don aux auteurs, preuve qu’Internet est un formidable outil d’émancipation et de liberté. Ironique quand on sait que The Private Eye imagine une société sans Internet et où le monde entier s’est réfugié dans la recherche de l’anonymat total. Difficile de trancher pour savoir si ce monde est une dystopie ou une utopie car Brian K. Vaughan appuie là où Internet fait mal : la volonté d’exposer sa vie et ses opinions en ligne sans penser aux conséquences, peut se retourner contre ses utilisateurs comme on le constate chaque jour. Néanmoins, l’idée d’en faire non pas un monde sombre mais au contraire, un monde coloré où tout le monde arbore des masques fantaisistes (magnifiquement mis en image par Marcos Martin et la coloriste Muntsa Vicente) déjoue toutes nos attentes et fait de ce titre un récit original, interrogeant sur la dépendance au numérique, la société de surveillance et même le rôle du journalisme dans un monde où la vérité est devenue une opinion. La ressortie d’Urban n’est qu’un prétexte pour mettre en valeur, avec un beau fourreau, le format horizontal du comics pensé pour sa lecture en ligne. Mais avec ou sans fourreau, on ne peut que vous conseiller fortement de lire The Private Eye.
