L'histoire :
C’est le jour du grand casse. Parker a tout préparé dans les moindres détails pour attaquer la banque de Cedar Falls, Iowa. Tout doit aller vite. L’équipe est solide : Benny Weiss et Phil Andrews sont des habitués. Mais le chauffeur, Georges Uhl, lui, inspire peu confiance. Recommandé par Weiss, il est censé savoir ce qu’il fait. Pourtant, Parker a un mauvais pressentiment. Il n’y a rien de pire qu’un type qui panique et plante tout le monde. Mais trop tard pour faire marche arrière. Le fourgon de la Brinks s’arrête devant la banque. C’est l’heure. Le plan s’enchaîne comme sur des rails. Pas de bavure, pas de surprise. Parker ne croit pas à la chance, seulement aux professionnels qui connaissent leur boulot. Les portes de la Plymouth claquent, la cavale commence. Direction une ferme isolée pour le partage du magot. L’adrénaline retombe, tout semble sous contrôle. Jusqu’à ce que tout bascule. Uhl sort un flingue et abat Weiss et Andrews à bout portant. Parker n’a que le temps de plonger par la fenêtre. Le souffle court, il rampe jusqu’à l’orée du bois, juste assez loin pour entendre le moteur de la Plymouth rugir dans la nuit. Uhl s’est barré avec le fric. Mais il a commis une erreur monumentale. Il a laissé Parker en vie. Et Parker ne pardonne pas.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Le polar hard boiled s’invite une fois de plus dans l’univers de la bande dessinée avec Parker : La proie, adaptation percutante du roman The Sour Lemon Score de Richard Stark. Le scénario, confié à Doug Headline, s’inscrit dans la lignée des récits d’action américains où la vengeance et la traque sont au cœur de l’intrigue. Avec une narration omniprésente en voix off, cet album plonge immédiatement le lecteur dans l’esprit impitoyable d’un truand solitaire, à la manière des grands classiques du film noir. Doug Headline découpe les séquences avec une précision chirurgicale pour maintenir un rythme haletant. Le lecteur est immergé dès la première page et happé par une spirale de violence inéluctable. Parker n’est pas un criminel ordinaire. C’est un professionnel, un homme de l’ombre qui ne fait jamais d’erreur. Solitaire, méthodique, il ne fait confiance à personne. Ses relations sont purement transactionnelles, son code moral inexistant. Mais il a une règle d’or : toute erreur se paie par la mort. Quand il est trahi, il ne cherche ni explication ni compromis, seulement une chose : la vengeance. Son implacabilité rappelle les figures mythiques du cinéma noir américain. L’histoire repose sur une structure simple mais diablement efficace : un casse, une trahison, une traque. L’action est sèche, brute, sans fioritures. Pas de place pour l’émotion ou les tergiversations. Parker avance, tue et tente de récupérer ce qui lui appartient. L’identité visuelle de l’album repose sur le très bon travail de Kieran, dont le style épouse très bien l’ambiance sombre du récit. L’encrage épais et précis souligne la dureté du monde de Parker. Le choix d’une coloration en lavis de gris renforce cette esthétique froide et impitoyable, où les nuances accentuent les contrastes et plongent le lecteur dans un univers où la lumière est rare et l’obscurité omniprésente. Les cases s’enchaînent avec une fluidité quasi cinématographique, alternant plans larges et gros plans oppressants. Les scènes d’action sont nerveuses, précises, rythmées comme des uppercuts. Doug Headline et Kieran livrent une très belle adaptation du roman de Richard Stark. Brutal, tendu, stylisé, cet album s’impose comme une référence, rappelant que certains hommes, une fois trahis, ne pardonnent jamais.