L'histoire :
Cuba, 1898. L’USS Maine a jeté l’ancre dans le port de la Havane. Le lieutenant John Fleetwood et ses hommes débarquent pour goûter aux plaisirs de la chair cubaine. Fleetwood vient voir Christie, sa fille de joie favorite. Après avoir passé un peu de temps avec elle, il flâne dans les rues de la Havane, quand une violente explosion survient. L’USS Maine est anéanti. Qui avait intérêt à faire sauter le navire de guerre américain ? Les Espagnols pour provoquer le départ des américains ? Les Cubains pour forcer les américains à prendre parti ? Les Américains pour légitimer leurs actions marquées par leur impérialisme naissant ? À quelques kilomètres de là, Rosalia Portero a repris avec poigne les rênes de l’exploitation familiale. Cette femme est l’héritière, avec son frère Gustavo, du domaine qui produit les fameux cigares « Flor de Luna », dont la réputation n’est plus à faire. Dans ce monde d’hommes, la jeune femme doit faire face à de nombreux écueils. Son frère est bien plus intéressé à silloner les bars de l’île qu’à s’occuper de l’exploitation des Portero. Corina, leur grand-mère, couvre les incartades de son petit-fils chéri. Plus grave encore : depuis peu, la propriété est victime d’actes de malveillance. Pourtant, une lettre anonyme l’avait prévenue : la famille Portero doit payer pour ses actes passés, car leur fortune est tâchée du sang des Castellano…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Après un premier cycle fort bien ficelé se déroulant dans les années 1825-1841, le second cycle de Flor de Luna reprend 50 ans plus tard, en 1898. Le contexte politique de Cuba a changé. Les Américains, les Espagnols et les indépendantistes se livrent une guerre sans merci pour avoir la mainmise sur l’île. Autour de cette situation épineuse, Pierre Boisserie (sans Éric Stalner) perpétue l’histoire familiale des Portero et des Castellano, en utilisant les mêmes ingrédients que dans le premier cycle (vengeance, trahison, passion…), tout en y ajoutant une dimension politique. On ne s’ennuie pas une seconde. Son récit est très rythmé et ne laisse aucun temps mort. Bien que beaucoup de personnages soient développés (le capitaine Fleetwood, Lindsey Mc Vie, Ismaël, Christie, Shorty Buckingham, Rosalia, Corina et Gustavo Portero), il réussit à constituer une histoire fluide et palpitante, qui soulève bon nombre de questions. Éric Lambert (sans Éric Stalner aussi) nous livre quant à lui une composition graphique de toute beauté, enrichie par les couleurs à la fois chaudes et sombres, dignes d’un soir d’été du mois d’août, de Bruno Pradelle. Son encrage est plus épais qu’à l’accoutumée, ce qui donne une densité plus prononcée au récit, dans un contexte explosif. Et si au bout du compte, Flor de Luna devenait une saga digne des Maîtres de l’Orge ?