L'histoire :
24 octobre 2020. Montréal. Un dialogue en visio-conférence entre Geneviève qui est au siège de l’association l’ABC (Association Bégaiement Communication) et Jean-Sébastien chez lui, le laisse un peu perplexe. En effet, pour la jeune femme, le bégaiement est quelque chose de beau. Elle espère qu’un jour, une personne qui bégaie pourra présenter les nouvelles dans les médias car la représentation du bégaiement est importante pour que les personnes qui bégaient puissent se sentir incluses dans la société. Jean-Sébastien n’en croit pas ses oreilles : le bégaiement c’est beau ? Présenter les informations en bégayant ? À 42 ans d’une vie passée à buter sur les mots, c’est la première fois qu’il entendait ça. Mais à l’ABC, il y avait aussi beaucoup de personnes qui étaient là pour raconter leur vécu, et il se reconnaissait beaucoup en elles. C’était notamment le cas pour Ysabelle, une avocate. Elle a dû se battre quand elle était à l’université de droit car les professeurs lui disaient constamment qu’elle ne deviendrait jamais avocate. Mais elle ne les a pas écoutés. En effet, malgré les embûches, Ysabelle s’est engagée à défendre les droits des personnes les plus vulnérables de la société et parfois son bégaiement pouvait même jouer en sa faveur car il permettait aux juges d’avoir plus de temps pour prendre en notre tout ce qu’elle disait. Elle a expliqué aux autres personnes de l’association ABC que les personnes qui bégaient ont des droits contre les discriminations basées sur le handicap. Le handicap de la communication...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Le bégaiement reste souvent réduit à une simple difficulté d'élocution. Avec Toujours sur scène - Vivre avec le bégaiement, Jean-Sébastien Bérubé montre qu'il s'agit avant tout d'une expérience qui façonne profondément la manière de se construire, de communiquer et d'occuper sa place dans la société. À travers un récit autobiographique, l'auteur revient sur son enfance, marquée par la peur de prendre la parole, les stratégies d'évitement et le regard des autres. Sans jamais tomber dans l'apitoiement, il raconte les difficultés quotidiennes, mais aussi le long cheminement qui lui a permis de transformer cette fragilité en une force, jusqu'à en faire un véritable engagement pour une meilleure reconnaissance du bégaiement. Très vite, Bérubé élargit son propos en déconstruisant les nombreux préjugés qui entourent ce trouble de la parole et en montrant ses répercussions sur la confiance en soi, les relations sociales ou encore la santé mentale. Graphiquement, le dessin privilégie l'expressivité et la lisibilité. Les émotions occupent une place centrale, tandis que la mise en scène accompagne habilement les blocages, les hésitations et les silences qui rythment la parole du narrateur. Cette approche donne une véritable matérialité au bégaiement et favorise la compréhension du lecteur. À l'arrivée, Toujours sur scène est une BD sincère et profondément humaine, qui sensibilise avec justesse à une réalité encore trop souvent méconnue, tout en célébrant la diversité des voix.