L'histoire :
Avec l’aide involontaire d’un hérisson, le Schtroumpf costaud, le Schtroumpf poète et le Schtroumpf à lunettes échappent une fois de plus à l’ignoble Gargamel. La mésaventure inspire le Schtroumpf poète qui, de retour au village, compose une énième ode… dont la déclamation gonfle prodigieusement tout le monde. Le Schtroumpf à lunette propose alors à son ami de changer de registre et d’écrire quelque chose de plus adapté au public, avec de l’action, de la bagarre, bref moins de blabla. Le Schtroumpf poète s’y attèle aussitôt, se concentrant plusieurs jours durant sur cette activité. Il accouche finalement d’un épais ouvrage relié : « Les Schtroumpfs à Pilulit ». Fiérot, il le confie pour avis au Schtroumpf à lunette, qui s’isole pour le lire. L’intellectuel découvre alors un roman tout en prose, véritablement palpitant ! Cela met en scène des schtroumpfs qui partent faire une balade en bateau. Or, suite à une maladresse sur le barrage, une vanne ouverte déclenche une forte vague, qui propulse l’embarcation au-delà de la terrible cascade. Dans la chute, le Schtroumpf poète tombe à l’eau, tandis que ses amis parviennent à s’amarrer sur le rivage, sains et saufs, mais beaucoup plus loin. Epuisé par sa lutte contre les remous, le Schtroumpf poète s’évanouit sur la rive. Quand il se réveille, il est ficelé contre le sol, entouré de minuscules lutins humains chevelus qui parlent un étrange langage. Ils sont des « pilus » et le considèrent comme une menace pour leur communauté…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce 31ème opus des aventures des célèbres lutins bleus inventés par Peyo bénéficie encore d’une excellente inspiration de la part du scénariste Alain Jost. Ici, pour offrir un autre point de vue aux Schtroumpfs sur leur condition, Jost inverse les proportions et les rapports de taille. Au travers d’un roman écrit par le Schtroumpf poète, les schtroumpfs découvrent l’existence d’une peuplade proportionnellement aussi petite qu’eux-mêmes le sont vis-à-vis des humains (comme Gargamel). Leurs faiblesses deviennent leurs forces, et ils représentent une menace… voire un atout pour les « pilulits ». Vous aurez bien entendu déduit du résumé qu’il s’agit d’une relecture des Voyages de Gulliver. D’ailleurs, la conclusion parvient à se raccrocher d’habile manière à cette œuvre culte de Jonathan Swift. Cette boucle permet d’expliquer la nécessité de l’histoire dans l’histoire qui, sans cela, ne s’imposait pas. Autre bonne idée : le langage de ces petits-petits créatures d’apparence humain emprunte au style Yoda, avec le verbe à la fin (ou à certaines construction syntaxiques allemandes). Le dessinateur belge Pascal Garray illustre l’aventure en déroulant à la perfection la ligne graphique ultra lisible et néanmoins dynamique mise au point par Peyo dans les années 60. Bref, encore une très bonne aventure des Schtroumpfs, au message universel largement supérieur aux films d’animations 3D qui en sont extrapolés (et dénaturés) par les américains sur grand écran…