L'histoire :
À Rome, Lucius avance sous le nom de Marcus, réduit à survivre parmi les ouvriers du Colisée en construction. Quand Cyriacus, jeune sculpteur talentueux, est pris à partie par des travailleurs jaloux, Marcus intervient et les remet à leur place. En retour et en reconnaissance, Cyriacus met son ingéniosité au service de l’ancien gladiateur manchot et lui fabrique un bras articulé qui lui rend une forme de complétude. Mais ce « cadeau » enclenche autre chose : l’histoire de Cyriacus se dévoile par touches – on le croit fils de Flavius, puis la vérité se brouille. Le doute entraîne Marcus sur une piste risquée, vers un adversaire légendaire et la forteresse de Golgotha...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Alcante et Laurent-Frédéric Bollée resserrent la série là où ça fait mal : moins de grand spectacle, plus de nerf intime. Le Colisée en chantier n’est pas un fond d’écran ; c’est une machine à broyer, une Rome qui fabrique du pouvoir en employant des corps. Et Marcus, manchot, y devient un homme « prenable » : dépendant, exploitable, prêt à saisir une main tendue, même si elle brûle. Cyriacus arrive alors comme un pivot : il ne sert pas seulement l’intrigue, il la reprogramme. Il donne une solution concrète au manque, mais installe surtout une vérité mouvante, un soupçon persistant, qui retourne les priorités du héros. L’album avance proprement, par paliers efficaces – promesse, révélation, bascule, contrainte – et transforme chaque étape en charge morale : Marcus comprend que la violence n’est pas l’unique issue… tout en restant celle qu’il maîtrise le mieux. Au dessin, Enrique Breccia choisit la rugosité : visages creusés, corps lourds, pierre taillée, sueur, poussière. Les scènes de chantier sont parmi les plus parlantes, parce qu’elles reposent sur les gestes, les outils, la répétition – et donc sur la fragilité d’un homme diminué. La couleur de Sébastien Gérard reste minérale, terrienne, sans enjoliver l’âpreté. Elle durcit le contraste quand la brutalité remonte. Découpage clair, alternance du monumental et du proche : la fresque tient, mais l’humain ne se perd pas. Un tome plus dense, plus serré, qui ferme les portes derrière Marcus… et l’oblige à marcher vers Golgotha.