L'histoire :
M. Jones finit de fermer les cages de la fourrière de Manfield mais il n’est pas attentif pour autant. En effet, l’alcool aidant, il n’a pas remarqué qu’un trou a été creusé dans la cage de la chatte Fifi. Une fois qu’il est parti cuver son vin, elle appelle le chien Lucky. Et leur conversation est étonnante… Le chien a pris beaucoup de temps pour réfléchir et depuis qu’il est enfermé ici, il a enfin pu réaliser beaucoup de choses. Maintenant qu’il est proche de la fin, il peut tout dire et il espère que cela servira à ses congénères. L’homme a été rusé car il a inventé un système où les animaux sont à leur service et ils sont enfermés derrière la porte de leur maison. Ils se contentent de leur donner à manger et de gratter leur tête pour mieux masquer leur servilité. Cependant, ils resteront toujours derrière une porte fermée. Quand les chiens ou les chats ont la chance d’être dans un appartement ou une maison, la porte est plus ou moins belle et leur condition plus ou moins heureuse. Même si la fourrière est un enfer sur terre, chaque porte ou cage restera une façon d’empêcher les animaux de vivre libre et normalement. Les humains ont en plus eu l’intelligence d’opposer les chats et les chiens de peur qu’un jour, ils s’allient ensemble contre leur autorité. Il serait peut être temps de changer le cours des choses…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
80 ans après la parution de la fable sociale, La ferme des animaux de George Orwell, Tom King a le projet de proposer une réécriture de ce brûlot politique. Un projet démesuré et ambitieux, voire même complément fou, car s’attaquer à un tel monument relève d’une forme d’audace périlleuse. Pourtant, dès le début, on sent que King parvient à réaliser l’impensable en proposant une nouvelle version tout aussi passionnante et tout aussi légitime. En effet, il ne s’agit pas d’une adaptation mais bien d’une réécriture avec des animaux différents dans un contexte différent et surtout, avec une symbolique. La thématique, si elle est aussi politique que l’original, plonge dans la notion philosophique de la liberté de façon magistral. Avec le thème de la fourrière, la métaphore de l’enfermement et la question sous-jacente de ce qu’est vraiment la liberté est totalement réussie. Le reste ressemble bien sûr à Orwell avec une incarnation des passions humaines, les chiens/ chats et lapins représentant ce qu’il y a de mieux et de pire chez l’homme. Attaque politique également avec une peinture terrible de Donald Trump dans une dénonciation courageuse et assassine. King surprend à nouveau également dans un style d’écriture à la fois sobre et tres littéraire de sorte que vous aurez plus l’impression de lire un livre qu’un comics. Que dire également des dessins de Peter Gross. C’est un véritable tour de force que de dessiner pendant plus de 150 pages des animaux aux expressions terriblement humaines. Une sublime réponse donc à La ferme des animaux.