L'histoire :
La machine est désormais en marche. Lee Harvey Oswald, directeur du Département de la Vérité, a décidé de révéler l’existence de l’organisation à un journaliste afin de court-circuiter BlackHat et d’exposer enfin la vérité au grand public. Mais dans un monde où même les faits les plus tangibles peuvent être remis en question, la vérité a-t-elle encore le moindre sens ? Lee lui-même semble perdre foi en l’institution qu’il a contribué à bâtir, tandis que Cole s’interroge : ont-ils réellement protégé le monde, ou au contraire participé à sa destruction ? La situation devient d’autant plus critique que Hawk, l’ancien agent d’élite du Département, a rejoint le camp adverse et paraît déterminé à tout faire exploser avant de tirer sa révérence. Plus impuissant que jamais face au monstre qu’il a aidé à créer, Cole se retrouve dans une impasse. Quand à Lee, il choisit de révéler l’existence du Département au nouveau locataire du Bureau ovale, un homme qui pourrait bien devenir leur allié le plus dangereux.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce qui frappe dans cette série commencée en 2020 à la fin du premier mandat de Donald Trump, c’est à quel point cette histoire, initialement fantastique et paranoïaque, n’a cessé d’être rattrapée par l’actualité, au point d’en devenir presque euphémique. La figure de Trump, omniprésente en filigrane, fait enfin son apparition dans ce tome, sans jamais être nommée. En observant le second mandat du président actuel, on en viendrait presque à croire que le Département de la Vérité existe réellement, ce qui rend le récit encore plus glaçant. Mais ce qui ouvre véritablement un abîme d’angoisse, c’est cette remise en question permanente de toute forme de vérité. À force de manipuler la réalité, Trump et ses partisans semblent eux-mêmes devenir prisonniers de leur propre mécanique, comme l’illustrent les théories d’inside job apparues après la dernière tentative d’assassinat visant le président. Toujours aussi dérangeants, Tynion et Simmonds démontrent une nouvelle fois que cette série compte parmi les œuvres les plus percutantes de ces dernières années. Il faut également souligner l’excellent récit secondaire consacré à des adolescents isolés derrière leurs écrans, terrain fertile à la naissance de récits complotistes, qui prennent ici la forme de véritables monstres numériques. Magnifiquement mis en images par Letizia Cadonici (House of Slaughter), ce segment est littéralement effrayant. Exigeante et demandant une concentration devenue rare aujourd’hui, la lecture de Department of Truth n’en reste pas moins indispensable.