interview Bande dessinée

Benjamin Reiss

©12 bis édition 2010

Après un séjour de 6 ans au Japon, Benjamin Reiss revient transformé en France et nous fait partager son expérience à travers le titre Tokyoland, ou comment la ville reine du divertissement passe d'un "Dysneyland-like" pour touristes à un endroit où il faut vivre sur le long terme. Et c'est avec des techniques de dessinateur japonais que cet auteur de formation classique à l'européenne a choisi de mettre en images tout cela dans un style à la croisée des chemins. Nous l'avons questionné à l'occasion de sa première rencontre avec le public français lors de Japan Expo 10.

Réalisée en lien avec l'album Tokyoland
Lieu de l'interview : Japan Expo 2009 (JE10)

interview menée
par
22 janvier 2010

Peux-tu nous présenter ton parcours : comment en es-tu venu à faire de la BD et plus précisément à écrire Tokyoland ?
Benjamin Reiss : J’ai commencé sérieusement pendant ma période étudiant à la fac de Saint-Denis. En cursus d’arts plastiques, le cours le plus intéressant pour moi était le cours de BD : de l’initiation sur la culture G en BD. Le prof nous passait des diapos de cases de BD sur les murs de l’amphi et c’est là que l’envie m’a prise, à 18 ans, sur le tard, même si je dessinais déjà un peu avant. Suite à cela j’ai eu envie de pratiquer sur le papier plutôt que de rester en fac d’arts plastiques, où c’était très théorique. J’ai trouvé une école à Lyon, Emile Cohl, que j’ai faite en quatre ans. Je suis sorti en 2000 et je suis ensuite parti à Paris pendant 2 ans où j’ai bossé dans divers boîtes d’animations flash et autres boîtes de jeux vidéos, c’était sympa. Voilà pour mon parcours initial. Après il y a eu mon départ au Japon. En fait, j’avais une petite amie japonaise à l’époque et j’ai décidé un jour de sauter le pas et d’aller la rejoindre là-bas. J’ai terminé mes travaux en cours en France mais j’étais déjà en train de chercher activement un éditeur de BD en France et il se trouve que j’ai signé pour une série juste à ce moment là. Ça s’appelait Pourquoi tant d’amour ?, sortie en 2004 pour le dernier tome. C’est ma première BD et je n’en suis pas spécialement content. Je préfère dire que « Tokyoland » est ma première BD !

Cela soulève la question que tous les lecteurs de Tokyoland se posent : quelle est la part d’autobiographie et la part de romancé dans cette BD ?
Benjamin Reiss : En fait, je n’ai pas voulu faire une biographie pure et dure à 100%, du genre « mes secrets les plus intimes ». J’ai voulu faire quelque chose d’un peu transformé car cela correspond plus à mon style et que je voulais scénariser un petit peu pour donner un fil conducteur, romancer un peu… Il y a 75% de vrai, basé que sur des anecdotes qui me sont arrivées ou qui sont arrivées à d’autres gens et que j’ai repris au compte du personnage, et 25% qui sont des exagérations la plupart du temps, voire des petites inventions.

Est-ce que tu avais une démarche artistique particulière lorsque tu as décidé de faire Tokyoland? Tu voulais juste partager ton expérience ou ton amour du Japon, ou est-ce que tu avais besoin de raconter ?
Benjamin Reiss : C’est quelque chose que je voulais faire depuis longtemps. Il y a un complexe que nous avons, nous les gens qui habitons ou avons vécu longtemps au Japon : de notre point de vue, il y a plein de choses qui ne sont plus intéressantes à raconter après 2 ans passés là-bas mais qui pourraient intéresser des français. C'est-à-dire que cela ne m’intéressait plus de raconter des choses trop évidentes sur le Japon. Lorsque je suis arrivé là-bas, j’étais émerveillé, ébahi, tout était extraordinaire, tout était super… des jouets, des trucs automatiques, des toilettes avec des boutons partout... Mais rapidement, ce n’est plus intéressant à retranscrire dans un récit, à part en tant qu’accessoire. J’ai donc choisi de raconter plutôt une période qui est faite de prises de conscience en tant qu’immigré : une personne qui rencontre des problèmes d’adaptation récurrents qui parfois se résolvent bien, parfois moins bien… C’était un peu ma démarche. Et également de faire quelque chose qui n’est pas dans un style manga graphiquement pour me démarquer, présenter un regard d’étranger sur le Japon, mais avec une technique de mangaka : noir et blanc, rapidement dessiné, avec des décors et des techniques manga. A part la couleur, mais c’est une touche européenne.

Copyright Benjamin Reiss/12Bis

Tu as choisi de dessiner en noir et blanc ET vert. C’est pour représenter le mi-chemin entre le style européen en couleur et le style japonais en noir et blanc ? Ou seulement pour rajouter une petite touche de couleur sans arrière-pensée ?
Benjamin Reiss : C’est ma façon de dire que je me sens à l’aise avec les deux cultures graphiques et qu’on peut faire quelque chose qui reste fidèle à la technique manga, monochrome, mais en même temps qui se rapproche de choses qui se font notamment dans le roman graphique. Je voulais n’être ni dans le manga, ni dans le franco-belge. C’est une sorte de juste milieu.

Quelle est la question qu’on t’a le plus posée sur Tokyoland jusqu’à maintenant ?
Benjamin Reiss : De savoir si c’est autobiographique.

Et celle qu’on ne t’a jamais posée ?
Benjamin Reiss : Qu’est ce que représente la couverture ?

Et qu’est ce que représente la couverture ? A priori il s’agit d’un bain public japonais.
Benjamin Reiss : Voilà !

C’est peut-être pour cela qu’on ne te l’a jamais demandé : c’est évident, pour le public habitué au Japon en tout cas.
Benjamin Reiss : En fait, je ne savais pas si le sentô (les bains publics japonais) était quelque chose qui se retrouvait dans les mangas et que le public connaît en France. C’était également une difficulté pour Tokyoland de savoir ce que les français allaient trouver évidement, sur quoi il fallait insister et qu’est-ce qu’il était inutile de raconter.

Le milieu manga en France, tu ne le connais pas beaucoup ? Ni le public ni les œuvres ?
Benjamin Reiss : Non pas très bien. J’aimerais connaître un peu mieux ce public, qui n’a pas toujours eu une image d’ouverture culturelle sur le Japon mais dont je pense au contraire qu’une grande partie s’y intéresse de manière plus poussée. Ce public qui ne consomme plus le manga comme à une certaine époque, mais aussi comme une ouverture sur une autre culture. Ce public à changé et j’aimerai bien le redécouvrir. Comme je suis parti pendant 6 ans, c’est nouveau pour moi : tout a changé durant mon absence. Je ne suis revenu qu’il y a peu.

Tu as réalisé Tokyoland à ton retour ?
Benjamin Reiss : J’en ai fait la moitié au Japon et la moitié en France.

Dans Tokyoland, le héros ne reste que quelques années au Japon car son visa l’empêche de rester plus longtemps. Comment cela s’est-il passé pour toi ?
Benjamin Reiss : Ce type de problème de visa mine le moral de pas mal d’étrangers là-bas : trouver un travail qui permet d’avoir un visa de travail. Quant à moi, j’ai pu rester plus longtemps car je me suis marié, j’ai donc pu rester 3 ans de plus.

Tu étais assistant mangaka, comme dans la BD ?
Benjamin Reiss : Au début, comme dans Tokyoland, j’étais surveillant dans un lycée. Pendant cette période, j’ai terminé mes deux livres pour mon premier éditeur, Emmanuelle Proust Edition. J’ai passé deux ans à voyager, à traîner un peu au Japon : j’ai passé mon permis moto, j’ai fait des voyages, vu des expos, etc. J’ai testé des concours de BD, je suis allé voir des éditeurs pour présenter mes projets. Puis j’ai été assistant mangaka pendant 2 ans.

Assistant de qui ?
Benjamin Reiss : Entre autres, le dessinateur de Bienvenue dans la NHK (édité chez Soleil en France), avec qui j’ai travaillé pendant à peu près deux ans. C’était une expérience super : à cette époque, son manga était adapté en animé et il gagnait donc bien sa vie, et les éditeurs ne le harcelaient pas trop… J’ai travaillé chez lui, en commençant sur le tome 6. Entre parenthèses, je trouve que l’impression de la version française est superbe par rapport à son équivalent japonais.

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Sur la façon dont se déroule le volume, ce sont plusieurs anecdotes qui se suivent sans vraiment de transition et on ne voit souvent pas la fin de ces histoires. Est-ce parce que toi non plus tu ne l’a pas su ou était-ce une volonté de ta part ?
Benjamin Reiss : Je voulais faire comme un film à sketchs dont on ne connaît pas forcément la fin des histoires. On laisse les personnages poursuivre leur histoire et le lecteur peut imaginer ce qu’il veut. La démarche était volontaire.

Combien de temps as-tu mis à réaliser ce tome ?
Benjamin Reiss : 10 mois de travail répartis sur à peu près un an, comme j’ai entre-temps déménagé en France, etc.

Quelles sont tes techniques de travail ?
Benjamin Reiss : J’ai travaillé sur le papier que les japonais utilisent pour leurs mangas, un format B3 assez peu usité en France je crois, et qui est un peu plus grand que du A3. C’est relativement bon marché et j’en ai acheté des rames ! J’ai travaillé là-dessus en suivant les méthodes que j’ai apprises par mon boulot d’assistant : je dessinais d’abord les personnages et ensuite les décors. Avant je ne travaillais pas comme ça, ca partait un peu dans tous les sens… C’est assez efficace. Ensuite, j’ai scanné et colorisé avec une couleur unique, sous Photoshop, et j’ai fournis le texte sous format Word à mon éditeur, qui l’a corrigé et l’a copié / collé dans les bulles directement, sous WinDesign je pense.

Pour être plus précis sur le dessin lui-même, tu as donc fait cela au crayon, puis colorisé à l’ordinateur. Tu n’as pas travaillé les trames directement sur les planches ?
Benjamin Reiss : En fait, j’ai travaillé comme un mangaka classique. Il y a d’abord un crayonné au bleu, pour ne pas que cela soit visible au scan. J’ai ensuite encré au stylo noir, et à la plume quelques fois. Puis, j’ai utilisé des trames autocollantes de mangaka, coupées au cutter à la façon traditionnelle comme j’avais appris à le faire et non à l’ordinateur. Je préfère les trames réelles car, à l’ordinateur, on ne se rend pas vraiment compte sur l’écran du rendu final : on a une fausse image, l’échelle est plus petite et les grisés se confondent un peu, je ne vois pas précisément les différences de ton des trames. Pour le vert, c’est colorisé sous Photoshop. Il existe des trames monochromes au Japon mais elles sont très chères et ne sont pratiquement pas utilisées. J’ai fait un peu de colorisation chez le dessinateur de Bienvenue dans la NHK, pour les pages couleurs parfois présentes en début de chapitres ou pour du merchandising comme des couvertures de DVD, des trucs comme ça, mais c’est vrai que le Japon n’est pas forcément un modèle pour ce qui est du dessin couleurs, par tradition.

Tu te mets dans une ambiance particulière pour dessiner ?
Benjamin Reiss : J’aime bien travailler la moitié de la nuit. J’écoute moins de musique qu’avant, je trouve que ca déconcentre un petit peu. Ca m’influence beaucoup, parfois trop, et cela se ressent vraiment : des fois, je m’éloigne de l’histoire que je suis en train de raconter. Ou alors après 3 - 4 heures de dessin, plus rien ne peut déranger ma concentration, mais je préfère ne pas commencer à dessiner avec de la musique

As-tu des auteurs particuliers comme référence ou comme influence ?
Benjamin Reiss : Quand j’étais plus jeune, avant que je ne pense à faire de la BD, j’ai été marqué par Robert Crumb, au niveau style j’ai trouvé ça magnifique. Reiser aussi, pour l’impact narratif. J’aime bien les gens un peu provocateurs, comme Vuillemin aussi. Sinon, en grande partie, c’est vraiment le style américain des années 60, 50 : Milton Caniff, des gens qui travaillent au pinceau, des auteurs de comics, des classiques, John Buscema…

La BD mondiale d’aujourd’hui, qu’est-ce que tu en penses ?
Benjamin Reiss : Récemment j’ai aimé le franco-belge pur et dur qui se renouvelle un peu avec Schwartz, la dernière aventure de Spirou, j’ai trouvé ça magnifique, avec le graphisme « à l’ancienne » qui colle à l’époque qui est racontée. Récemment, je suis tombé sur des manwhas « d’auteur », mais j’ai du mal à me rappeler les noms. Des histoires à sketchs super bien dessinées et très intéressantes. J’ai vu ça en France chez Casterman je crois, au label Hanguk. J’ai trouvé des choses assez incroyables au niveau imagination, au niveau fantaisie…

Et comment situes-tu Tokyoland, très mixé niveau genre, au milieu de cette BD mondiale très marquée encore en terme de genres à quelques exceptions près ?
Benjamin Reiss : Je me mettrais dans la même catégorie que ces dessinateurs chinois qui travaillent avec des scénaristes français, par exemple Morvan chez Delcourt. J’aime bien ce côté dessinateur qui vient du fin fond de l’Asie pour travailler avec un français, ce mélange culturel étonnant.

Tu te considères comme un auteur de BD international ?
Benjamin Reiss : Pas vraiment, il faudrait que je sois publié en langue anglaise.

Mais par rapport au style, tu n’es ni vraiment dans le manga, ni dans l’européen. Tu revendiques le fait d’être entre les deux ?
Benjamin Reiss : Oui. Encore une fois, je voulais utiliser les techniques mais éviter de dessiner comme un japonais : je ne sais pas le faire et il me manque beaucoup de références. Ca aurait été malhabile et j’avais peur qu’on me traite de copieur...

Qu’est ce que tu crois qu’un japonais penserait de Tokyoland ?
Benjamin Reiss : J’ai déjà montré Tokyoland à des japonais et ils ont bien aimé. De toute façon, dès qu’on montre quelque chose qui a une patte un petit peu éloignée de la leur, ils sont étonnés et trouvent cela super. Je pense que cela pourra peut-être se faire éditer au Japon, mais après c’est des problèmes d’éditeurs. J’avais essayé de présenter mon boulot à des éditeurs, des concours, mais si ce n’est pas trop vendable, ils hésitent… Ils pensent en termes de 10 000 lecteurs minimum, donc…

Au-delà du style graphique, tu penses que le scénario, les tribulations d’un français qui découvre le Japon, les intéresserait ?
Benjamin Reiss : Oui. La question qui leur brûle les lèvres quand ils vous rencontrent c’est : « Qu’est-ce que vous pensez du Japon ? ». Ils sont très friands de toutes les informations qu’on pourrait leur donner sur eux, du point de vue qu’on a sur le Japon…

Est- ce que cet attrait pour l’avis de l’étranger sur leur pays change lorsqu’il s’agit d’un touriste et lorsqu’il s’agit de quelqu’un qui y vit de puis plusieurs années, qui parle la langue, etc. ?
Benjamin Reiss : Oui, au bout d’un moment, ils s’intéressent un peu moins à vous. Lorsqu’ils voient que vous parlez bien la langue déjà, ils pensent que vous pouvez vous débrouiller tout seul. Quand ils voient que vous connaissez telle ou telle chose, ils se disent qu’on est déjà au courant… On commence à devenir moins intéressant, à se fondre dans la masse. Par rapport à la différence de culture, on se fait accepter assez facilement en fait. Par contre après un certain moment, c’est nous qui n’acceptons plus, on a un sentiment de rejet par rapport à certaines habitudes japonaises, on commence à vouloir vivre comme on a appris quand on était en France, mais ce n’est pas toujours possible... Par exemple, au feu rouge piéton où tout le monde s’arrête, même lorsqu’il n’y a pas de voiture. J’ai fait cela pendant deux ans pour faire comme tout le monde. Mais au bout d’un moment, on retombe dans notre logique de français sur plein de choses, et on traverse quand même. Ou les gens qui vont au restaurant et qu’il y a un problème, qu’il faut rapprocher des tables par exemple, les japonais sont perdus, c’est inhabituel. Alors que la solution est simple ! Ils n’osent pas changer les procédures…

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Qu’est ce qui t’as le plus marqué pendant ces 6 ans de vie au Japon ?
Benjamin Reiss : Le confort de vie, les magasins ouverts n’importe quand, les restaurants partout à pas cher... Trouver un appartement est aussi moins dur qu’à Paris. Trouver des petits boulots également... Toutes ces facilités.

Pour revenir sur ta vie d’immigré au Japon : la vie d’immigré dans une culture aussi différente a l’air d’être assez difficile pour le héros qui pourtant reste très zen. Par rapport à l’aspect autobiographique, tu penses que tu as été chanceux de ce point de vue.
Benjamin Reiss : Je ne sais pas si c’est de la chance. C’est une façon assez unique de rentrer dans un pays : ce n’est ni du tourisme ni du travail en entreprise. Jai eu la chance de m’intégrer par ce biais-là, en étant une sorte de touriste longue durée. J’avais quand même du boulot, mais pas beaucoup chaque mois. Oui, je pense que j’ai eu de la chance.

Le héros évolue beaucoup dans la communauté des étrangers et ne donne pas l’impression de s’intégrer vraiment au pays, plutôt d’être en marge du système. C’était pareil pour toi ?
Benjamin Reiss : Le livre est plutôt un témoignage de la partie finale de mon séjour. A la fin, j’étais moins enclin à faire des efforts pour m’intégrer et je préférais la facilité de mes connaissances françaises. Mais c’est vrai qu’au début, j’ai eu pas mal d’amis japonais. D’ailleurs quand on arrive, il y a une sorte de syndrome de l’étranger au Japon : on ne veut pas rencontrer d’autres étrangers, on veut absolument se fondre dans la masse des japonais et on fait tout pour avoir des copains japonais. Mais au bout d’un moment on se heurte tout de même à un mur culturel, sur les souvenirs d’enfance par exemple. On se retrouve alors perdu dans un monde parallèle et on ne peut pas participer à ce genre d’échange. En plus, je ne suis pas parfaitement bilingue et je ne pouvais pas bien suivre la télé, la radio, l’internet... Je me suis un peu retrouvé acculé à cause de la barrière du langage. Le parlé ça allait, mais l’écrit, ce n’était pas vraiment ça.

Quels sont tes futurs projets ?
Benjamin Reiss : On va déjà envahir l’Espagne ! (rires) D’abord une version espagnole donc, et je pense éventuellement à faire une suite qui serait une espèce de réponse à ce premier tome, qui raconterait, compléterait l’histoire de mon séjour avec des passages où l’ambiance était différente. Maintenant que j’ai quelques retours de lecteurs, ca peut m’orienter dans une direction différente. Sinon, je ferai quelque chose qui n’a rien à voir avec le Japon, comme une adaptation d’un roman français, ou carrément un western. Faire du plus classique, mais toujours en tant qu’auteur.

Toujours dans ce style à cheval entre les cultures ?
Benjamin Reiss : Oui, je pense que c’est une recette qui marche bien pour dessiner rapidement. Pour moi, ce n’est pas synonyme de vite fait, c’est un moyen de m’ajuster à une vitesse qui est plus proche de celle de la pensée. Quand on passe une semaine sur une planche, on a eu le temps de faire des voyages à l’intérieur de nous même et sur la planche ça n’avance pas trop. Je trouve ça plus vrai de dessiner au rythme des mangas, c’est plus conforme à l’idée d’auteur que je me fais.

Tu as pu rencontrer ton public ici, quels sont les retours ?
Benjamin Reiss : Les gens sont pour beaucoup étonnés que ce soit un florilège de moments difficiles et s’attendaient plutôt à voir le côté « éclate » de Tokyo, les jeux vidéo, tout ca. Ceux qui ont bien aimé sont plutôt des gens qui sont déjà allé là-bas et qui connaissaient un peu plus par le vécu, qui ont déjà fait la partie « on s’éclate à Tokyo » et qui sont plus intéressés par la vie au jour le jour. Globalement c’est encourageant en tant qu’auteur et ça m’a décomplexé de dessiner dans ce style-là, ça m’encourage à entamer un nouveau livre de manière moins tendue, sans flipper sur la qualité de mon dessin.

Si tu fais une suite, tu penses parler de la partie où tu as justement profité de la culture du divertissement japonais ?
Benjamin Reiss : Oui, justement, j’en ai énormément profité et j’aimerais bien faire comprendre justement que pendant une période, on s’éclate et qu’après, il faut penser à l’avenir : vais-je rester là toute ma vie ? Que faire pour avoir un travail plus intéressant que les petits jobs ? A ce moment-là, ce n’est plus un parc d’attractions, on passe de Disneyland / Tokyoland à la vraie vie : arriver à parler avec les autorités, gérer les impôts, faire les papiers, tout ça. Là on commence à changer, on n’a plus le temps de ne faire que s’amuser et il faut penser un petit peu au concret.

Si tu pouvais revenir en arrière et corriger quelque chose dans Tokyoland, qu’est ce que ce serait ?
Benjamin Reiss : Rajouter des pages : expliquer mieux, plus en détails, ou allonger certains passages. J’ai parfois l’impression d’avoir été trop vite. Sinon je ne regrette pas grand-chose au niveau dessin. Certains dialogues auraient pu être modifiés aussi mais il faut savoir s’arrêter à un moment donné.

Quelles sont tes dernières lectures BD ou romans, tes derniers films ?
Benjamin Reiss : J’ai vu récemment un film japonais, sur l’histoire d’un violoncelliste, « Departures », et côté lecture, j’ai emprunté un gros livre, une bible du manga en plusieurs langues aux éditions Taschen.

As-tu un message à passer au public ?
Benjamin Reiss : Il n’y a pas grand-chose qui nous sépare du japon. C’est surtout une question de langage, d’apprentissage du langage. C’est assez facile d’aller s’installer là-bas un certain temps. Ce n’est pas un mirage comme pensent certains : l’expérience m’a montré que c’était relativement facile.

Merci !