interview Bande dessinée

Marsault

©Ring édition 2018

C’est peu dire, que d’affirmer que Marsault, jeune auteur de 30 ans, ancien ouvrier et autodidacte, fait polémique. Ses BD réac, hyperviolentes, radicales, volontiers nationales-populistes, tapent (fort) sur pas mal de monde : les cons, les femmes, les gauchos, les « bien-pensants »… Dessinés dans une veine qui se revendique de l’école Gotlib, ses albums ont leurs fans et leurs détracteurs. Et les deux parties sont en général peu tendres l’une envers l’autre. Les uns accusant les autres d’être des fachos et réciproquement.
Sur planetebd, nous nous réclamons d’un contenu démocratique, d’une ligne éditoriale progressiste et d’une philosophie non-extrémiste. « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». Nous donnons donc la parole à tous les auteurs, à condition qu’ils ne soient ni prosélytes, ni propagandistes et qu’ils expriment essentiellement leur vision et leur passion, du métier et de leur culture. Quitte à exciter bien des haters…

Réalisée en lien avec l'album FDP de la mode T1
Lieu de l'interview : le cyber-espace

interview menée
par
14 mars 2018

Pour te présenter (tout le monde ne te connait pas), on peut dire que ta page facebook a été fermée en raison de « dénonciations abusives et calomnieuses » ? Toi qui dénonce la connerie humaine, sur ce coup tu as été servi.
Marsault : En tout et pour tout, je pense que ma page a été fermée six mois complets. Je ne pense même pas qu'il s'agisse de connerie, mais plutôt de lâcheté. Plutôt que de m'affronter sur le terrain des idées ou du style, par exemple en m'attaquant via des dessins ou des vidéos, mes détracteurs ont majoritairement choisi de me faire taire en signalant mon travail. Désolé pour la référence, mais ça me rappelle un peu les heures les plus sombres de notre histoire.

Avec quoi dessines-tu ?
Marsault : Pinceau, encre de chine, rottring, papier épais, Gitanes, café, Kro, whisky.

Si je te dis que je pense que tu as beaucoup de respect pour les femmes, je me trompe ?
Marsault : Tu as tout à fait raison, et à part les harpies féministes ultra et quelques dindes parisiennes, personne n'en doute.

Si je perçois beaucoup d’espoir dans ton message c’est que je suis bipolaire ?
Marsault : Tu penses ce que tu veux. Sur la notion d'espoir, je n'arrive pas moi-même à me faire une idée. Je passe régulièrement de la philantropie exaltée à la misanthropie profonde. Comme tout le monde, sauf que moi je dessine bien.

Ton dessin cisèle la saleté, tes textes sont tordants et portent une universalité qui touche à l’inconscient collectif d’une certaine manière, est-ce que je vais trop loin dans mon analyse de lecteur ?
Marsault : J'ai peu de recul sur mon travail, donc du mal à répondre à ta question. Ce que je sais, c'est que je fais tout à l'instinct, sans filtre, c'est ma nature. Donc ça doit se ressentir dans mon travail, et au final dans l'inconscient du lecteur.

Donc il « parait » plein de rumeurs à ton sujet, les gens fantasment jusqu’à quel point ? Facho assumé ? Phallocrate ? Communiste ? Citoyen du monde ? Anarchiste ? Provocateur gratuit ?
Marsault : Aucun de ces termes n'est exact, mais il y'a un peu de vrai partout (amuse-toi avec ça).

Et à ce sujet, l’action citoyenne, estimes tu que ta mission est accomplie et qu’il ne reste plus qu’à dérouler ce que tu sais faire ?
Marsault : Très dur, une fois de plus, de répondre. Je ne sais pas si j'ai une mission ou un but dans ma vie. En revanche, j'ai un moteur: le dessin. J'ai tellement travaillé depuis dix ans que si je n'ai pas mes huit à dix heures quotidiennes de dessin, je me sens mal. Physiquement. Donc une mission, je ne sais pas, mais un besoin physique de dessiner en permanence, et pour encore longtemps.

Certains de tes fans sont d'authentiques bourrins moyenâgeux et/ou fachos voir nazis, ça te flatte ?
Marsault : Je parle souvent de complexité humaine, et me plaît à dire qu'il y'a de l'humanité, de l'intelligence ou de la bonté, voire les trois à la fois, dans quasiment chaque être humain. je dis quasiment parce que dans certains cas c'est irrécupérable. Donc, pour répondre à ta question : les néo-nazis de mon lectorat ne me dérangent pas, pas plus que les communistes ou les végans.
Mais alors : pourquoi il y'a plus de « fachos » que de « gauchos » chez moi ? Parce que je fais quand même de l'humour de droite. On va pas se mentir.
Alors c'est quoi l'humour de droite, c'est quoi l'humour de gauche ?
L'humour de gauche, c'est Coluche : les flics c'est de la merde, les militaires c'est de la merde, c'est génial de rien branler, l'argent c'est pour les cons, les patrons sont des connards. Je synthétise, mais je pense que c'est ça. Desproges aussi, c'était de l'humour de gauche, mais de gauche caviar. C'est à dire qu'en plus de ce moquer de tout ce que j'ai cité avant, on se fout de la gueule de ces connards de prolos qui ne savent pas lire.
L'humour de droite, le mien, c'est l'inverse. On peut être passé par les chantiers et la misère et ne pas forcément être chez Mélenchon.
Quand je dis droite ou gauche, je parle pas de parti politique, mais de façon de penser, de vivre. Le droitard mental (j'en suis un) a plus tendance à aimer les trucs qui filent droit, n'aime pas le blabla ou les fioritures à la Télérama, que le gauchiste mental.
Mais tu sais, l'immense majorité de mes lecteurs est avant tout composée de gens qui n'en ont simplement rien à foutre des étiquettes politiques. C'est quand même bon de le rappeler.


Quelle est ta limite à la provocation? Mahomet ?
Marsault : Aucune limite. Simplement, je n'aime pas provoquer pour provoquer, comme le fait Charlie Hebdo (dont je précise que je tolère parfaitement l'existence, dans le cadre du débat d'idées, des valeurs de la République et de ta mère dans la Renault 25).

Si tu devais te revendiquer d’un courant de pensée ou appartenir à un groupe ?
Marsault : Je n'appartiens à aucun groupe. Je suis trop mégalomane pour suivre quelqu'un d'autre que moi.

Tu te retrouves député, quelles sont tes 2 premières propositions de loi ?
Marsault : 1- Réouverture du bagne de Cayenne.
2-Virer tous les gauchistes de tous les postes importants et les remplacer par des connards de droite agressifs et pragmatiques.


Tes étiquettes, si on les enlève, il reste qui ?
Marsault : Un dessinateur qui fait son métier.

Tu désigne ton humour « de droite » ou « réac », qui d'autre est dans cette branche selon toi ?
Marsault : Le lapin taquin, raptor dissident et quelques autres blogueurs. Ou youtubeurs. Dans le dessin, je pense que je suis le seul, pour l'instant.

Pour finir, questions courtes, réponses brèves :
Skin ou Red Skin ?

Marsault : Skin.

Agnostique, athée ou autre ?
Marsault : Catholique de culture, très attaché aux églises, non pratiquant

Sartre ?
Marsault : Un peu trop coco à mon goût, mais faut replacer dans le contexte de l'époque.

Celine ?
Marsault : J'aime bien. J'ai d'autant plus de sympathie pour lui qu'il continue d'ulcérer les tenants du politiquement correct des décennies après sa mort. Cet homme, mort, donc, est à l'origine de crises d'hystérie et de descentes d'organes chez la totalité des journalistes d'état, et ça c'est respectable. Au delà de ce côté amusant, c'est un immense écrivain, au style inimitable.

Le Pen père ?
Marsault : Grand respect pour cet homme, qui n'a jamais retourné sa veste en 60 ans de carrière politique, ne s'est jamais excusé pour rien. Je pourrais dire de même pour un communiste convaincu, j'aime les gens qui restent fidèles à leurs convictions.

Le Pen fille ?
Marsault : Aucun respect pour cette personne. Contrairement au père, qui a réellement la France au cœur, Marine est une parvenue qui ne fait que gérer une affaire familiale. Elle déshonore la cause pour laquelle elle dit se battre, et fait honte aux patriotes (le mot "patriotes" hein, pas le parti de Philippot) dont je fais partie.

Le Pen petite-fille ?
Marsault : Aucun avis, m'en fous.

Politique ?
Marsault : A part Mélenchon dont j'admire l'éloquence et le talent oratoire, même si c'est un gauchiste dont une bonne partie des idées me révulsent, toute la classe politique m'ennuie à mourir. Ils sont tous interchangeables, tous faux, tous les mêmes. C'est une époque bien vide.

Anarchie ?
Marsault : Un truc de clodos.

Vegan ?
Marsault : Les végans militants m'insupportent, les autres ne me dérangent pas.

Gluten ?
Marsault : Je mange surtout des trucs lourds et indigestes, donc oui.

Animaux cobayes ?
Marsault : C'est horrible, mais je te rappelle qu'il y'a des enfants qui meurent en Palestine.

Marsault Putaclic ?
Marsault : Non (like et abonne-toi à ma page)

Marsault raciste ?
Marsault : De nos jours, c'est tellement facile de se faire traiter de raciste que ça en perd tout son charme.

Hitler ?
Marsault : Belle moustache.

Zemmour ?
Marsault : J'aime bien.

Soral ?
Marsault : J'aime pas tout.

Dieudonné ?
Marsault : Pareil.

Le négationisme ?
Marsault : Je t'ai déjà parlé de mes chats ?

La scientologie ?
Marsault : J'ai trouvé des points communs entre les scientologues convaincus et certains Mélenchonnistes.

Trump ?
Marsault : J'aime les gens qui foutent la merde, même quand il sont à la tête de la première puissance mondiale. Quand j'ai vu la tête de Yann Barthes pendant la nuit américaine, sur Canal +, je me suis senti obligé de respecter Trump.

Kim Jong-un ?
Marsault : J'aime bien son côté racaille qui embrouille tout le monde. Et cette coiffure, putain.

Et la question planète bd : Si tu avais le nouveau le pouvoir de visiter l'esprit d'un autre artiste pour en comprendre son génie, qui choisirais-tu ?
Marsault : Sans surprise, je te dirais évidement Gotlib. Malheureusement, je sais à peu près ce qu'il y'avait dans l'esprit de Gotlib. Jeune, je le voyais comme une sorte de génie inaccessible, un mec qui fait de la magie avec ses crayons. Dix ans plus tard, sans nier son extraordinaire talent et sa technique folle, je sais que tout ça n'est que travail, travail et encore travail.

Merci !

Marsault