L'histoire :
Ce soir-là, le docteur James Sheppard rentre tard chez lui, dans la petite commune anglaise de l’Ouest de l’île, King’s Abbot, où il vit avec sa vieille sœur marâtre Caroline. Il a terminé sa journée de consultations par le constat du décès de Mme Ferrars. A table, Caroline lui tire les vers du nez pour avoir la confirmation qu’elle s’est suicidée. Caroline est persuadée que Mme Ferrars a mis fin à ses jours, parce qu’elle était rongée de scrupule après avoir empoisonné son mari, décédé tout juste un an plus tôt. Le docteur est agacé par les suppositions de sa sœur – bien qu’elle ait raison. Il s’en va rendre visite à son ami Roger Ackroyd, veuf et voisin de la défunte – et amante de celle-ci, bien que cela ne soit pas officiel. Patron aisé d’une firme industrielle qui fabrique des roues de voitures, Ackroyd reçoit Sheppard dans le bureau de son entreprise, avec whisky et cigare. Ensemble, ils évoquent la situation familiale complexe d’Ackroyd, légitimement tourmenté. Car depuis longtemps, celui-ci a adopté le fils de sa défunte épouse, Ralph, et il l’a éduqué comme son propre fils… Or ce dernier vient de se fiancer avec une jolie femme aux allures arrivistes. Le docteur Sheppard fait aussi connaissance avec son nouveau voisin direct, un retraité venu de Londres qui cultive des courgettes. Il l’ignore, mais ce dernier n’est autre que le détective Hercule Poirot…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Le meurtre de Roger Ackroyd, 4e enquête d’Hercule Poirot imaginée en 1926 par Agatha Christie, est aussi l’une des plus connues. Le roman doit sa célébrité non pas au mécanisme savant du crime, pas plus qu'à la qualité de l’enquête menée par le fameux détective – dont on peut légitimement remettre en question la logique très artificielle des déductions. L’enquête adopte certes la forme du « whodunit », mais pour contrebalancer ce classicisme, la romancière a innové en matière de narration. Attention, ne lisez pas ce qui suit si vous ne voulez pas être divulgâché… Nous y sommes contraints, car la révélation du coupable dudit meurtre participe de l’analyse de l’œuvre. En outre, celle-ci a tout juste un siècle, et elle a donc largement eu l’occasion d’être spoliée. C’est en effet la première fois que le narrateur se révèle être l’assassin ! Mais – pirouette ! – on ne l’apprend tout de même qu’à la fin du récit. Pour parvenir à cet étonnant biais narratif, Agatha Christie joue avec le lecteur pour le dissimuler tout au long de l’affaire, en multipliant les fausses pistes, en détournant son attention, en le manipulant, en mentant par omission… Ces procédés ont suscité pas mal de critiques et de controverses, à l’époque. L’adaptateur Pascal Bresson parvient plutôt pas mal à rendre en séquences de bande dessinée ce tour de force scénaristique. Mais tout comme à l’époque, cette manière de présenter l’enquête au lecteur parait artificielle et le déroulement semble logiquement hachuré et patchwork. C’est donc à la fois plutôt fortiche et tarabiscoté. En revanche, la participation graphique d’Alberto Taracido, qui s’était déjà occupé du Christmas Pudding, se révèle une nouvelle fois extrêmement aboutie et agréable, avec un trait semi réaliste rond, très expressif sur les personnages, parachevé dans les décors et immergé dans une colorisation sobre et soignée, ad hoc pour le registre policier.