interview Comics

Brian Azzarello

©Urban Comics édition 2019

Brian Azzarello est un scénariste génial qui aurait pu écrire des polars s’il avait fait des romans. Multi-récompensé avec la série 100 Bullets, Brian Azzarello travaille à nouveau avec Eduardo Risso sur la série horrifique Moonshine. Cependant, c’est avec le dessinateur talentueux Lee Bermejo qu’il signera le plus de comics : Batman Deathblow, Lex Luthor, Joker, Before Watchmen… Une belle amitié qui donnera des comics mémorables. Les deux comparses reviennent à nouveau sur un titre de Batman mais le chevalier noir est cette fois plus sombre que jamais, en proie à des hallucinations et visions bien inquiétantes. Batman Damned est osé et puissant, créant une mini polémique. Nous avons rencontré Brian afin qu’il « s’explique » sur cette dernière œuvre noire de la nouvelle collection Black Label.

Réalisée en lien avec l'album Batman Damned
Lieu de l'interview : Dans les locaux d'Urban

interview menée
par
24 décembre 2019

Es-tu fier de toutes les récompenses que tu as reçues pour 100 Bullets ?
Brian Azzarello : Est-ce que je suis fier de 100 Bullets ? Oui ! Est-ce que je suis fier d’avoir eu des récompenses ? Après les avoir remportées, je me suis senti beaucoup plus à l’aise financièrement parlant. Je suis très heureux : c’est incroyable et j’apprécie beaucoup mais je ne suis pas fan d’Awards ou de récompenses. C’est sympa d’être reconnu mais je ne pense pas que l’on devrait avoir des récompenses. C’est important pour certaines personnes de gagner ce genre de choses mais ça ne l’est pas pour moi. Ce qui m’intéresse, c’est de mettre un bouquin entre les mains des lecteurs et que les gens vont aimer mon travail.

Copyright Brian Azzarello


Tu as travaillé avec beaucoup de dessinateurs. Tu choisis toi-même les artistes ?
BA : Cela dépend. J’ai presque choisi Eduardo Risso. Ok, je vais vous raconter toute l’histoire. C’était il y a très longtemps. Le scénario pour Johnny Double était prêt à être dessiné et à être envoyé à quelqu’un. On m’a alors appelé et on m’a envoyé des exemples de planches dessinées par trois artistes. J’ai raccroché et j’ai reçu les fax. L’envoi a été compliqué : hiiiii tuuuuut huuuuuun huuuuun (Brian imitant le bruit du fax) et honnêtement, je n’ai pas vu le travail des deux autres dessinateurs. Je n’ai eu que le travail du premier. J’ai rappelé en pensant que j’avais tout reçu et j’ai dit : « c’est ce gars qu’il me faut ». J’ai immédiatement su que c’était la bonne personne pour ce boulot. C’est aussi parce que le travail avec les Européens est très intéressant et me touche beaucoup. Lee Bermejo m’avait choisi. Wildstorm avait juste été racheté par DC et Jim Lee m’avait contacté pour travailler là-dessus. Au départ, je ne voulais pas car je pensais que ce n’était pas pour moi et je n’avais pas beaucoup de temps. Jim Lee m’a rappelé et m’a expliqué l’histoire du crossover : ce serait un Batman avec la mort de Deathblow. Il m’a dit qu’un dessinateur voulait travailler avec moi là-dessus. J’ai vu le travail de Lee Bermejo et j’ai adoré. Du coup, cela pouvait être sur Batman, Deathblow ou quelqu’un d’autre, peu importait. Ce n’est pas le personnage qui m’intéresse mais la personne avec qui je travaille. Et depuis, je travaille avec le même artiste année après année.

Copyright Brian AzzarelloCombien de tomes comptes-tu encore faire avec Eduardo Risso sur Moonshine ?
BA : On verra. Le troisième arc va paraître rapidement. Nous ferons sûrement deux autres tomes après celui-là. En France, vous aurez sûrement trois autres tomes en tout. J’adore le visuel et le style des bouquins que vous éditez en France. Ils font vraiment du super travail. L’art book de Lee Bermejo est extraordinaire.

L’histoire de Batman Damned aurait-elle été publiée sans le Black Label ?
BA : Là encore, Jim Lee m’avait contacté au moment où ils démarraient le Black Label. On en avait parlé depuis de nombreuses années. C’était déjà le sujet de conversation à l’époque de Joker. A l’origine, c’était seulement de faire un Batman plus sombre. Dans mon imaginaire, certains personnages ne pouvaient pas se côtoyer. John Constantine ne pouvait faire partie d’une équipe avec personne à moins que John Constantine devienne fou. L’idée d’une Dark Justice Ligue n’a pas de sens. Jim nous a dit que ce serait un super livre pour démarrer le Black Label. On s’est dit qu’on pouvait faire un comics pour adultes et heureusement, nous n’avions pas besoin d’intégrer John Constantine dans une team. Voilà comment est né le projet.

Il y a des scènes choquantes dans ce comics : on y voit Batman nu, on apprend des choses terribles sur son père et Harley Quinn l’a presque violé ?
BA :Je ne sais pas… Est-ce que c’est réel : je ne sais pas ! C’est un cauchemar. C’est ce qu’est supposé être ce comics. Si le lecteur est choqué, ce n’est pas notre intention. C’est un cauchemar : les choses deviennent de pire en pire au fur et à mesure de l’histoire.

Copyright Brian Azzarello


L’écriture est également complexe puisqu’on ne sait plus où est la réalité et si on est dans l’esprit de Batman ou celui de John Constantine ?
BA : Merci. J’espère que ça l’est. Nous avons essayé de faire quelque chose que l’on n’a jamais fait auparavant. Même avec le texte. Je pense que notre prochain projet traitera de cela. C’est une chose que j’ai envie d’explorer encore plus à l’avenir: faire que les mots soient aussi puissants que le dessin.

Copyright Brian AzzarelloEst-ce que c’était un plaisir pour toi de retrouver Batman et John Constantine ?
BA : C’est toujours un plaisir d’écrire sur John Constantine. J’aime ce personnage.

Pourquoi ?
BA : Parce que c’est un putain de mec ! (rires) Il adore se moquer de tout. On ne sait pas où est sa morale. Il est en dehors de tout ça et c’est très intéressant à développer.

As-tu d’autres projets avec Lee Bermejo pour DC ?
BA : Pas pour DC ! On fera encore quelque chose ensemble oui. Je ne vous dirai pas sur quoi. Mais je pense que vous aimerez...

As-tu envie de travailler pour Marvel ou Valiant, un jour ?
BA : Je ne sais pas. Je trouve que les artistes de chez Valiant sont plutôt bons. Mais DC a toujours été très gentil avec moi. J’apprécie beaucoup cela. J’ai donc été très loyal envers eux. Est-ce que je travaillerai pour Marvel ? Peut-être. Est-ce qu’il y a un personnage chez Marvel qui m’intéresse ? Oui et il n’y en a qu’un : Doctor Doom, Fatalis ! Je l’adore. Je ne sais pas si j’aurais l’opportunité un jour de faire quelque chose là-dessus. On verra. Mais pour l’instant, travailler pour DC, c’est super ! Je suis heureux d’être là avec le Black Label. Il y a plein d’histoires que je peux raconter avec le Black Label. Si Batman Damned se vend très bien, je pense qu’ils me laisseront faire d’autres choses pour eux.

Est-ce que tu crois que Lee Bermejo est le parfait dessinateur pour ton style ?
BA : J’ai été très chanceux. Cela fait plus de dix ans que je travaille avec Eduardo Risso et avec Lee Bermejo. C’est un très long partenariat. J’espère qu’on fera également d’autres comics avec Maria Llovet. Je trouve que son travail est sublime. Ce qu’elle a fait sur Faithless est incroyable et m’inspire beaucoup. Parmi tous les dessinateurs que j’ai eus, c’est avec Lee Bermejo que le travail a été le plus clair. On parle beaucoup à propos de l’histoire. Avec Eduardo, c’est beaucoup plus rapide et nous sommes moins dans la collaboration. Avec Lee, nous parlons beaucoup et c’est super de travailler avec lui. Je pense qu’avec la façon dont on travaille, notre prochain projet sera encore plus fort. Je sens qu’il y a une véritable évolution dans ce que l’on fait.

Ton style est souvent très sombre. Est-ce la vision que tu as de la nature humaine ?
BA : Je ne pense pas être pessimiste. Mais comme beaucoup de pessimistes, je dirai simplement que je suis réaliste ! (rires)

Copyright Brian Azzarello

Merci Brian et merci à Clémentine pour son invitation dans les bureaux d'Urban !